—Si du moins tu étais d’une certaine force au pistolet?
—Es-tu fou? que ferais-je d’un pistolet pour couper le nez d’un insolent? Je ... Oui, c’est décidé! va le trouver, arrange tout pour demain! nous nous battrons au sabre!
—Mais, malheureux! que feras-tu d’un sabre? Je ne doute pas de ton cœur, mais je puis dire sans t’offenser que tu n’es pas de la force de Pons.
—Qu’importe! lève-toi, et va lui dire qu’il tienne son nez à ma disposition pour demain matin!
Le sage Ahmed comprit que la logique aurait tort, et qu’il raisonnait en pure perte. A quoi bon prêcher un sourd qui tenait à son idée comme le pape au temporel? Il s’habilla donc, prit avec lui le premier drogman, Osman-Bey, qui rentrait du cercle Impérial, et se fit conduire à l’hôtel de maître L’Ambert. L’heure était parfaitement indue; mais Ayvaz ne voulait pas qu’on perdît un seul moment.
Le dieu des batailles ne le voulait pas non plus; au moins tout me porte à le croire. Dans l’instant que le premier secrétaire allait sonner chez maître L’Ambert, il rencontra l’ennemi en personne, qui revenait à pied en causant avec ses deux témoins.
Maître L’Ambert vit les bonnets rouges, comprit, salua et prit la parole avec une certaine hauteur qui n’était pas tout à fait sans grâce.
—Messieurs, dit-il aux arrivants, comme je suis le seul habitant de cet hôtel, j’ai lieu de croire que vous me faisiez l’honneur de venir chez moi. Je suis M. L’Ambert; permettez-moi de vous introduire.
Il sonna, poussa la porte, traversa la cour avec ses quatre visiteurs nocturnes et les conduisit jusque dans son cabinet de travail. Là, les deux Turcs déclinèrent leurs noms, le notaire leur présenta ses deux amis et laissa les parties en présence.