—Merci de vos conseils, répondait l’obstiné; il ne faut pas tant de façons pour couper le nez d’un notaire!

L’objet de sa vengeance lui apparut bientôt entre deux verres de lunettes, à la portière d’une voiture de maître. Mais M. L’Ambert ne descendit point; il se contenta de saluer. Le marquis mit pied à terre et vint dire au grand Ahmed-Bey:

—Je connais un excellent terrain à vingt minutes d’ici; soyez assez bon pour remonter en voiture avec vos amis et me suivre.

Les belligérants prirent un chemin de traverse et descendirent à un kilomètre des habitations.

—Messieurs, dit le marquis, nous pouvons gagner à pied le petit bois que vous voyez là-bas. Les cochers nous attendront ici. Nous avons oublié de prendre un chirurgien avec nous; mais le valet de pied que j’ai laissé à Parthenay nous amènera le médecin du village.

Le cocher du Turc était un de ces maraudeurs parisiens qui circulent passé minuit, sous un numéro de contrebande. Ayvaz l’avait pris à la porte de mademoiselle Tompain, et il l’avait gardé jusqu’à Parthenay. Le vieux routier sourit finement lorsqu’il vit qu’on l’arrêtait en rase campagne et qu’il y avait des sabres sous les manteaux.

—Bonne chance, monsieur! dit-il au brave Ayvaz. Oh! vous ne risquez rien; je porte bonheur à mes bourgeois. Encore l’an dernier, j’en ai ramené un qui avait couché son homme. Il m’a donné vingt-cinq francs de pourboire; vrai, comme je vous le dis.

—Tu en auras cinquante, dit Ayvaz, si Dieu permet que je me venge à mon idée.