—Elle en a trouvé trois. Mais j’écarte la méthode française, qui n’est point applicable au cas présent. Si la perte de substance était moins considérable, je pourrais décoller les bords de la plaie, les aviver, les mettre en contact et les réunir par première intention. Il n’y faut pas songer.

—Et j’en suis bien aise, reprit le blessé. Vous ne sauriez croire, docteur, à quel point ces mots de plaie décollée, avivée, me donnaient sur les nerfs. Passons à des moyens plus doux, je vous en prie!

—Les chirurgiens procèdent rarement par la douceur. Mais, enfin, vous avez le choix entre la méthode indienne et la méthode italienne. La première consiste à découper dans la peau de votre front une sorte de triangle, la pointe en bas, la base en haut. C’est l’étoffe du nouveau nez. On décolle ce lambeau dans toute son étendue, sauf le pédicule inférieur qui doit rester adhérent. On le tord sur lui-même de façon à laisser l’épiderme en dehors, et on le coud par ses bords aux limites correspondantes de la plaie. En autres termes, je puis vous refaire un nez assez présentable aux dépens de votre front. Le succès de l’opération est presque sûr; mais le front gardera toujours une large cicatrice.

—Je ne veux point de cicatrice, docteur. Je n’en veux à aucun prix. J’ajoute même (passez-moi cette faiblesse) que je ne voudrais point d’opération. J’en ai déjà subi une aujourd’hui, par les mains de ce maudit Turc; je n’en souhaite pas d’autre. Au simple souvenir de cette sensation, mon sang se glace. J’ai pourtant du courage autant qu’homme du monde; mais j’ai des nerfs aussi. Je ne crains pas la mort; j’ai horreur de la souffrance. Tuez-moi si vous voulez; mais, pour Dieu! ne m’entaillez plus!

—Monsieur, reprit le docteur avec un peu d’ironie, si vous avez un tel parti pris contre les opérations, il fallait appeler non pas un chirurgien, mais un homœopathe.

—Ne vous moquez pas de moi. Je n’ai pas su me maîtriser à l’idée de cette opération indienne. Les Indiens sont des sauvages; leur chirurgie est digne d’eux. Ne m’avez-vous point parlé d’une méthode italienne? Je n’aime pas les Italiens, en politique. C’est un peuple ingrat, qui a tenu la conduite la plus noire envers ses maîtres légitimes; mais, en matière de science, je n’ai pas trop mauvaise idée de ces coquins-là.

—Soit. Optez donc pour la méthode italienne. Elle réussit quelquefois; mais elle exige une patience et une immobilité dont vous ne serez peut-être point capable.

—S’il ne faut que de la patience et de l’immobilité, je vous réponds de moi.

—Êtes-vous homme à rester trente jours dans une position extrêmement gênante?