M. Bernier l’examina sur toutes les coutures et le renvoya bientôt à sa loge.

—La peau de cet homme-là n’est bonne à rien, dit le docteur. Rappelez-vous que les jardiniers prennent leurs greffes sur les arbres les plus sains et les plus vigoureux. Choisissez-moi un gaillard solide parmi les gens de votre maison; il y en a.

—Oui; mais vous en parlez bien à votre aise. Les gens de ma maison sont tous des messieurs. Ils ont des capitaux, des valeurs en portefeuille; ils spéculent sur la hausse et la baisse, comme tous les domestiques de bonne maison. Je n’en connais pas un qui voulût acheter, au prix de son sang, un métal qui se gagne si couramment à la Bourse.

—Mais peut-être en trouveriez-vous un qui, par dévouement ...

—Du dévouement chez ces gens-là? Vous vous moquez, docteur! Nos pères avaient des serviteurs dévoués: nous n’avons plus que de méchants valets; et, dans le fond, nous y gagnons peut-être. Nos pères, étant aimés de leurs gens, se croyaient obligés de les payer d’un tendre retour. Ils supportaient leurs défauts, les soignaient dans leurs maladies, les nourrissaient dans leur vieillesse; c’était le diable. Moi, je paye mes gens pour faire leur service, et, quand le service ne se fait pas bien, je n’ai pas besoin d’examiner si c’est mauvais vouloir, vieillesse ou maladie, je les chasse.

—Alors, nous ne trouverons pas chez vous l’homme qu’il nous faut. Avez-vous quelqu’un en vue?

—Moi? Personne. Mais tout est bon; le premier venu, le commissionnaire du coin, le porteur d’eau que j’entends crier dans la rue!

Il tira ses lunettes de sa poche, écarta légèrement le rideau, lorgna dans la rue de Beaune, et dit au docteur: