—Ch’est cha! pour que vous me fachiez encore flanquer à la porte!

—Ma porte vous sera toujours ouverte, comme ma bourse, comme mon cœur!

—Chi vous m’aviez cheulement donné chinquante francs pour racheter un tonneau d’occagion!

—Mais, animal!... cher animal, veux-je dire ... permets-moi de te rudoyer un peu, comme dans les temps où tu partageais mon lit et ma table! ce n’est pas cinquante francs que je te donnerai, c’est mille, deux mille, dix mille! c’est ma fortune entière que je veux partager avec toi ... au prorata de nos besoins respectifs. Il faut que tu vives! il faut que tu sois heureux! Voici le printemps qui revient, avec son cortège de fleurs et la douce musique des oiseaux dans les branches. Aurais-tu bien le cœur d’abandonner tout cela? Songe à la douleur de tes braves parents, de ton vieux père, qui t’attend au pays; de tes frères et de tes sœurs! Songe à ta mère, mon ami! Celle-là ne te survivrait pas. Tu les reverras tous! Ou plutôt non: tu dois rester à Paris, sous mes yeux, dans mon intimité la plus étroite. Je veux te voir heureux, marié à une bonne petite femme, père de deux ou trois jolis enfants. Tu souris! Prends ce potage.

—Merchi bien, mouchu L’Ambert. Gardez la choupe; il n’en faut plus. Y a trop de migère en che monde!

—Mais quand je te jure que tes mauvais jours sont finis! quand je me charge de ton avenir, foi de notaire! Si tu consens à vivre, tu ne souffriras plus, tu ne travailleras plus, tes années se composeront de trois cent soixante-cinq dimanches!

—Et pas de lundis?

—De lundis, si tu le préfères. Tu mangeras, tu boiras, tu fumeras des cabañas à trente sous pièce! Tu seras mon commensal, mon inséparable, un autre moi-même. Veux-tu vivre, Romagné, pour être un autre moi-même?