—Chaprichti! madame la marquige, ch’est cha qui va-t-être un beau jour pour la june perchonne!

Une main vigoureuse le saisit par le bras gauche et le fit pirouetter sur lui-même. A cette pantomime, il reconnut la vigueur du marquis.

—Mon cher notaire, lui dit le vieillard en le traînant dans un coin, le carnaval permet sans doute bien des choses; mais rappelez-vous chez qui vous êtes et changez de ton, s’il vous plaît.

—Mais, mouchu le marquis ...

—Encore!... Vous voyez que je suis patient; n’abusez pas. Allez faire vos excuses à la marquise, lisez-nous votre contrat, et bonsoir.

—Pourquoi des échecuges, et pourquoi le bonchoir? On dirait que j’ai fait des bêtiges, fouchtra!

Le marquis ne répondit rien, mais il fit un signe aux valets qui circulaient dans le salon. La porte d’entrée s’ouvrit, et l’on entendit une voix qui criait dans l’antichambre.

—Les gens de M. L’Ambert!

Étourdi, confus, hors de lui, le pauvre millionnaire sortit en faisant des révérences et se trouva bientôt dans sa voiture, sans savoir pourquoi ni comment. Il se frappait le front, s’arrachait les cheveux et se pinçait les bras pour s’éveiller lui-même, dans le cas assez probable où il aurait été le jouet d’un mauvais rêve. Mais non! il ne dormait pas; il voyait l’heure à sa montre, il lisait le nom des rues à la clarté du gaz, il reconnaissait l’enseigne des boutiques. Qu’avait-il dit? qu’avait-il fait? quelles convenances avait-il violées? quelle maladresse ou quelle sottise avait pu lui attirer ce traitement? Car enfin le doute n’était pas possible: on l’avait bien mis à la porte de chez M. de Villemaurin. Et le contrat de mariage était là, dans sa main! ce contrat, rédigé avec tant de soin, en si bon style, et dont on n’avait pas entendu la lecture!