Les lettres de part annonçaient que la bénédiction nuptiale serait donnée à Saint-Thomas-d’Aquin, le 3 mars, à une heure précise. Inutile de dire qu’on avait le maître-autel et toute la mise en scène des mariages de première classe.
Le 3 mars, à huit heures du matin, M. L’Ambert s’éveilla de lui-même, sourit aux premiers rayons d’un beau jour, prit un mouchoir sous son oreiller et le porta à son nez, afin de s’éclaircir les idées. Mais son nez n’était plus là, et le mouchoir de batiste ne rencontra que le vide.
En un bond, le notaire fut devant une glace. Horreur et malédiction! (comme on dit dans les romans de la vieille école). Il se vit aussi défiguré que s’il revenait encore de Parthenay. Courir à son lit, fouiller les draps et les couvertures, explorer la ruelle, sonder les matelas et le sommier, secouer les meubles voisins et mettre toute la chambre en l’air, fut pour lui une affaire de deux minutes.
Rien! rien! rien!
Il se pendit aux cordons de sonnette, appela ses gens à la rescousse et jura de les chasser tous comme des chiens si ce nez ne se retrouvait pas. Inutile menace! Le nez était plus introuvable que la Chambre de 1816.
Deux heures se passèrent dans l’agitation, le désordre et le bruit. Cependant, le père Steimbourg endossait son habit bleu à boutons d’or; madame Steimbourg, en toilette de gala, surveillait deux femmes de chambre et trois couturières allant, venant, tournant autour de la belle Irma. La blanche fiancée, barbouillée de poudre de riz comme un goujon avant la friture, piétinait d’impatience et malmenait tout le monde avec une admirable impartialité. Et le maire du dixième arrondissement, sanglé de son écharpe, se promenait dans une grande salle nue en préparant une petite improvisation. Et les mendiants privilégiés de Saint-Thomas-d’Aquin donnaient la chasse à deux ou trois intrigants venus on ne sait d’où pour leur disputer la bonne aubaine. Et M. Henri Steimbourg, qui mâchait un cigare depuis une demi-heure dans le fumoir de son père, s’étonnait que le cher Alfred ne fût pas encore au rendez-vous.
Il perdit patience à la fin, courut à la rue de Verneuil et trouva son beau-frère futur dans le désespoir et dans les larmes. Que pouvait-il lui dire pour le consoler d’un tel malheur? Il se promena longtemps autour de lui en répétant le mot sacrebleu! Il se fit conter deux fois le fatal événement, et sema la conversation de quelques sentences philosophiques.
Et ce maudit chirurgien qui ne venait pas! On l’avait mandé d’urgence; on avait envoyé chez lui, à son hôpital et partout. Il arriva pourtant, et comprit à première vue que Romagné était mort.
—Je m’en doutais, dit le notaire avec un redoublement de larmes. Animal, coquin de Romagné!
Ce fut l’oraison funèbre du malheureux Auvergnat.