« Camp du roi, 30 avril 1856.
« Messieurs,
« Le gérant que vous avez honoré de votre confiance vient aujourd’hui, pour la quatorzième fois, soumettre à votre approbation le résumé de ses travaux de l’année. Depuis le jour où l’acte constitutif de notre société fut signé en l’étude de maître Tsappas, notaire royal à Athènes, jamais notre entreprise n’a rencontré plus d’obstacles, jamais la marche de nos travaux n’a été entravée par de plus sérieuses difficultés. C’est en présence d’une occupation étrangère, sous les yeux de deux armées, sinon hostiles, au moins malveillantes, qu’il a fallu maintenir le jeu régulier d’une institution éminemment nationale. Le Pirée envahi militairement, la frontière de Turquie surveillée avec une jalousie qui n’a pas de précédents dans l’histoire, ont restreint notre activité dans un cercle étroit, et imposé à notre zèle des limites infranchissables. Dans cette zone rétrécie, nos ressources étaient encore réduites par la pénurie générale, la rareté de l’argent, l’insuffisance des récoltes. Les oliviers n’ont pas tenu ce qu’ils promettaient, le rendement des céréales a été médiocre, et la vigne n’est pas encore délivrée de l’oïdium. Dans ces circonstances, il était bien difficile de profiter de la tolérance des autorités et de la douceur d’un gouvernement paternel. Notre entreprise est liée si étroitement aux intérêts du pays, qu’elle ne peut fleurir que dans la prospérité générale, et qu’elle ressent le contrecoup de toutes les calamités publiques ; car à ceux qui n’ont rien on ne prend rien, ou peu de chose.
« Les voyageurs étrangers, dont la curiosité est si utile au royaume et à nous, ont été fort rares. Les touristes anglais, qui composaient autrefois une branche importante de notre revenu, ont manqué totalement. Deux jeunes Américains arrêtés sur la route du Pentélique nous ont fait tort de leur rançon. Un esprit de défiance, alimenté par quelques gazettes de France et d’Angleterre, écarte de nous les gens dont la capture nous serait utile.
« Et cependant, messieurs, telle est la vitalité de notre institution, qu’elle a mieux résisté à cette crise fatale que l’agriculture, l’industrie et le commerce. Vos capitaux confiés en mes mains ont profité, non pas autant que je l’aurais voulu, mais beaucoup mieux que personne ne pouvait l’espérer. Je n’en dirai pas plus long ; je laisse parler les chiffres. L’arithmétique est plus éloquente que Démosthène.
« Le capital social, limité d’abord au chiffre modeste de 50.000 fr., s’est élevé à 120.000 par trois émissions successives d’actions de 500 fr.
« Nos recettes brutes, du 1er mai 1855 au 30 avril 1856, se montent à la somme de 261.482 fr.
« Nos dépenses se divisent comme il suit :
| Dîme payée aux églises et monastères : | 26.148 fr. |
| Intérêt du capital au taux légal de 10 pour 100 : | 12.000 » |
| Solde et nourriture de 80 hommes à 650 franc l’un : | 52.000 » |
| Matériel, armes, etc. : | 7.056 » |
| Réparation de la route de Thèbes, qui était devenue impraticable et où l’on ne trouvait plus de voyageurs à arrêter : | 2.540 » |
| Frais de surveillance sur les grands chemins : | 5.835 » |
| Frais de bureau : | 3 » |
| Subvention de quelques journalistes : | 11.900 » |
| Encouragements à divers employés de l’ordre administratif et judiciaire : | 18.000 » |
| Total : | 135.482 » |
| Si l’on déduit cette somme du chiffre brut de nos recettes, on trouve un bénéfice net de | 126.000 » |
| Conformément aux statuts, cet excédent est réparti comme il suit : | |
| Fonds de réserve déposé à la banque d’Athènes : | 6.000 » |
| Tiers attribué au gérant : | 40.000 » |
| A partager entre les actionnaires : | 80.000 » |
| Soit 333 fr. 33 par action. |
« Ajoutez à ces 333 fr. 33, 50 francs d’intérêt et 23 francs du fonds de réserve, et vous aurez un total de 408 fr. 33 par action. Votre argent est donc placé à près de 82 pour 100.