Je me retournai vers Mme Simons, qui me tendit la lettre suivante :

« Chère sœur,

« Vérification faite, j’ai donné les 4.000 livres sterling contre le reçu. Je n’ai pas pu avancer les 600 autres, parce que le reçu n’était pas en votre nom, et qu’il aurait été impossible de les recouvrer. Je suis, en attendant votre chère présence,

« Tout à vous,

« Edward Sharper. »

J’avais trop bien prêché Hadgi-Stavros. En bonne administration, il avait cru devoir envoyer deux reçus !

Mme Simons me dit à l’oreille : « Vous paraissez bien en peine ! Y a-t-il de quoi faire une grimace pareille. Montrez donc que vous êtes un homme, et quittez cette physionomie de poule mouillée. Le plus fort est fait, puisque nous sommes sauvées, ma fille et moi, sans qu’il nous en coûte rien. Quant à vous, je suis tranquille ; vous saurez bien vous évader. Votre premier plan, qui ne valait rien pour deux femmes, devient admirable depuis que vous êtes seul. Voyons, quel jour attendrons-nous votre visite ? »

Je la remerciai cordialement. Elle m’offrait une si belle occasion de mettre au jour mes qualités personnelles et d’entrer de vive force dans l’estime de Mary-Ann ! « Oui, madame, lui dis-je ; comptez sur moi. Je sortirai d’ici en homme de cœur, et tant mieux si je cours un peu de danger. Je suis bien aise que ma rançon ne soit pas payée, et je remercie monsieur votre frère de ce qu’il a fait pour moi. Vous verrez si un Allemand ne sait pas se tirer d’affaire. Oui, je vous donnerai bientôt de mes nouvelles !

— Une fois hors d’ici, ne manquez pas de vous faire présenter chez nous.

— Oh ! madame !

— Et maintenant, priez ce Stavros de nous donner une escorte de cinq ou six brigands.

— Pour quoi faire, bon Dieu ?

— Mais pour nous protéger contre les gendarmes. »