Elle soupa de bon appétit, soigna particulièrement sa toilette et arriva très-belle à la préfecture. Son entrée fit sensation, comme toujours ; elle laissa les gens l'admirer, et promena son regard, cet infaillible regard des jeunes filles, autour du salon principal. Lorsqu'elle eut découvert ce qu'elle cherchait, elle s'assit auprès de sa mère et attendit les danseurs. M. Courtois, très-empressé, l'invita pour la première valse, et juste au même instant l'orchestre préluda. Elle dansa divinement ; mais lorsque son cavalier l'eut ramenée jusqu'à sa place, elle lui dit : « Un peu plus loin, je vous prie, jusqu'au docteur Marchal. »
M. Courtois dressa la tête comme un coq de combat : il frisa sa moustache ; ses yeux brillèrent. Il connaissait la haine de Mlle Kolb pour l'infortuné professeur, il avait quelques années de salle, il se réjouissait de former une alliance offensive qui pouvait le mener loin. Lorsque Adda fut à portée de l'ennemi, il prit un air farouche et se campa sur ses jarrets en homme prêt à tout, et voici le dialogue qu'il entendit :
« Monsieur Marchal, voulez-vous me faire le plaisir et l'honneur de me prêter votre bras pour un moment?
— Moi?… A vous, mademoiselle?
— Je vous en prie.
— Mademoiselle, j'aime mieux m'exposer à tout que de désobéir à une femme. Me voici à vos ordres.
— Bien! J'étais sûre de vous trouver ainsi. »
Elle salua M. Courtois du bout des ongles et traversa le salon dans sa longueur au bras d'Henri. Tout Strasbourg était là ; tous les yeux se fixèrent en même temps sur ce groupe invraisemblable, inouï. Claire croyait rêver ; tous ceux qui portaient des lunettes se mirent à essuyer leurs verres. L'orchestre oublia de jouer.
Lorsqu'ils furent au bout du salon, M. Marchal prit la parole et dit :
« Si c'est une gageure, mademoiselle, vous l'avez gagnée.