— Je lui ai dit que tu n'étais pas un praticien de la justice de paix pour attendre le bon plaisir des clients, qu'on n'envahissait pas le domicile des personnes comme nous à des heures indues, et que d'abord, quand je t'aurais servi ton café, tu étais attendu en soirée chez M. le premier. Ah! mais!
— C'est dignement parlé, ma vieille. Et ce café? tu peux le servir?
— Attends donc! il m'a répondu qu'il s'appelait Vaulignon, et qu'il n'était pas né pour faire le pied de grue.
— M. de Vaulignon? Je le crois bien, qu'il n'est pas fait pour attendre. Cours le chercher, ou plutôt non ; j'y vais moi-même. Dominique, allumez au salon.
— Tu gèleras!
— Tant pis. Donne un coup de main à Dominique. »
Il descendit l'escalier en quatre bonds et trouva sous le vestibule un grand vieillard qui maugréait en marchant, le cigare à la bouche. Mainfroi se confondit en excuses ; M. de Vaulignon jeta son cigare et monta sans mot dire. Lorsqu'ils entrèrent au salon, le feu commençait à flamber. Quelques bougies de cire, allumées en hâte, éclairaient vaguement une salle tapissée de portraits à perruques. L'avocat avança un fauteuil, en prit un autre et dit : « C'est à M. le marquis de Vaulignon que j'ai l'honneur de parler?
— A lui-même ; mais pardon… M. votre père est-il tellement occupé que… »
Mainfroi se retint de sourire ; il répondit d'un ton ferme et modeste : « Depuis longtemps, monsieur, j'ai le malheur d'être seul de mon nom.
— Eh! que diable! vous n'êtes pourtant pas le célèbre Mainfroi?