— Elle n'appartient qu'à moi seule. Pourquoi me demandez-vous cela?
— Parce que, si la devise est à vous, je compte vous l'emprunter, ma cousine, jusqu'au prononcé de l'arrêt. Tout ou rien! Oui, je veux vaincre ou mourir, et je vaincrai, car la vie est bonne.
— On le dit. »
Sur ce mot, qui ne manquait pas de profondeur, elle congédia Mainfroi. Le jeune bâtonnier descendit du second étage sans effleurer les marches de l'escalier. Il avait des ailes ; celui qui aurait pu le suivre par les rues l'aurait entendu dire à chaque pas : Quelle femme! quelle cause! Peut-être ne savait-il pas lui-même si c'était la femme ou la cause qui faisait battre son cœur ; mais, comme il éprouvait le besoin très-naturel de babiller un peu sur l'une et l'autre, il s'en alla tout droit chez le premier président.
V
A sa grande surprise, il trouva le vieillard plus agité que lui-même. M. de Mondreville se leva, vint à lui, lui prit la tête et lui donna l'accolade en larmoyant : « Oui, cher enfant, j'étais sûr de vous voir aujourd'hui, et je vous remercie de partager ma joie. Ce jour est donc venu! Je puis chanter le cantique de Siméon. Nunc dimittis! »
Mainfroi craignit d'abord que cette expansion ne fût un symptôme de décadence sénile. « Mais vous ne savez donc pas? reprit le président. Il est garde des sceaux! »
— Qui?
— Mon copain! Le nouveau ministère est tout au long dans l'Indépendance ; il sera dimanche au Moniteur.
— Hum! Entre la coupe et les lèvres…