— Hélas! je compte sur vous pour nous aider à savoir son nom. »
A ce coup, Mme Vautrin ouvrit des yeux énormes, et la jeune fille pouffa de rire. L'étrangère comprit que son bon sens était mis en doute ; aussi reprit-elle vivement :
« Je vous expliquerai en peu de mots ce qui vous étonne, madame, et vous reconnaîtrez que, s'il y a quelque excentricité dans mon fait, le hasard ou la Providence en est plus responsable que moi ; mais cette charmante enfant est peut-être bien jeune pour subir le récit d'un mariage si… compliqué. »
La rieuse se cabra fièrement et dit :
« J'ai quatorze ans passés, madame, et ma mère m'estime assez pour traiter devant moi les questions les plus graves. Désires-tu que je te laisse, maman? »
Mme Vautrin rougit comme ces gros nuages qui s'allument au soleil couchant. Elle balbutia :
« Blanche, Blanchette, mon trésor, ne t'éloigne pas, mais occupe-toi. Ton piano… là-bas… Sois gentille.
— Je ne le suis donc pas toujours?
— Oh! si. »
L'enfant gâtée se mit au piano, et attaqua résolument un exercice. Elle frappa d'abord avec tant de furie qu'on ne s'entendait plus dans le salon ; mais petit à petit elle se modéra si bien que sa musique ne fut qu'un accompagnement discret de la conversation. Si Mlle Blanche ne suivit pas de bout en bout le récit de Mme Humblot, du moins elle en saisit les points saillants, et elle en profita autant, sinon mieux, que sa bonne femme de mère.