— Mon album?

— Oui, ton album du régiment.

— J'y vole. »

Elle sortit en traînant les pieds, s'arrêta devant une glace et se tira la langue à elle-même. Sa chambre était au bout d'une enfilade assez longue ; à peine entrée, elle poussa le verrou, prit un album de chagrin rouge à filets d'ivoire, l'ouvrit par le milieu, et chercha les lieutenants du 2e bataillon. Un, deux, trois, quatre, cinq. Au-dessous du portrait, on lisait Astier (Paul), en belle écriture de sergent-major. « C'est lui! dit-elle en faisant la grimace, cela ne peut être que lui! » Elle fit glisser la photographie hors de son cadre, la déchira menu et mit les morceaux dans sa poche ; puis elle réfléchit que ce vide pourrait prêter au commentaire. Elle détacha donc le cadre lui-même, qui formait une page montée sur onglet. Lorsqu'elle en eut caché les débris, son petit visage chiffonné s'illumina d'une joie satanique, et elle murmura entre ses dents :

« Maintenant, je me suis vengée d'un insolent : je suis femme! »

Et elle courut porter l'album aux deux mamans.

Mme Vautrin la baisa au front et lui dit :

« Tu peux rester avec nous, ma gentille, nous n'avons plus de secrets à conter. »

Si le cœur de Mme Humblot battait violemment, on l'imagine. Elle ne regarda que par politesse le colonel et les gros bonnets du régiment ; mais lorsque les capitaines commencèrent à défiler, elle ouvrit l'œil. Ce ne fut pas sans un certain orgueil qu'elle trouva ces messieurs moins beaux, moins grands, moins sveltes, moins distingués que son gendre futur. Le régiment ne manquait pourtant pas de jolis garçons ni de beaux hommes ; mais le précieux inconnu était toujours mieux fait que celui-ci et plus élégant que celui-là.

Blanchette ricanait en écoutant ces commentaires et disait à la veuve Humblot :