« Ah! que vous êtes bon, et que vous me consolez! Il y a des moments où je doute tant de moi que je voudrais pouvoir me tourner le dos à moi-même. Je me demande si je ne suis pas un être affreux, si les voyous n'ont pas cent fois raison de m'appeler l'infâme? Il vous passe de singulières idées par la tête, allez! lorsqu'on est seul et malheureux, et qu'on vient de tuer un homme! Mais non, je vois, je sens que je vaux encore quelque chose, puisque j'ai l'honneur d'inspirer des sentiments si généreux et des actions si délicates. Et dire que je vous avais oublié, mon cher Fusti, ou plutôt que je ne vous avais jamais connu!

— Allons! allons! voilà la fièvre qui vous reprend et que vous dites des bêtises. Il n'y a qu'un mot qui serve : le déménagement est décidé, et le jour où vous vous sentirez ferme sur vos ergots, je vous dirige sur Lille en Flandre.

— Laissez-moi votre adresse et celle de M. Dempoque.

— Pour quoi faire?

— Je voudrais causer avec lui et lui soumettre quelques idées sur la filature.

— Bon! Je l'aurais parié. Vous allez voir que ce gaillard-là payera son écot plus cher qu'un roi, et que nous resterons ses débiteurs!

— Peut-être.

— Eh bien! mon oncle est perché momentanément à l'hôtel du Rhin. On l'a exproprié le mois passé, et il part dans quinze jours pour Naples ; mais moi? qu'est-ce que vous avez à me dire?

— Presque rien ; seulement je voudrais aller vous embrasser, mon cher Fusti.

— Est-il jeune, mon Dieu! On s'embrasse tout de suite, et l'on économise le fiacre! Pif! paf! voilà quarante sous de gagnés. Allons, je me sauve, car le diable m'emporte si je ne deviens pas aussi bête que vous! »