« Réponds! réponds! lui cria-t-il ; que viens-tu chercher ici?

— Mon pardon.

— Je te pardonne à la condition que tu t'en iras tout de suite.

— Mais elle! si tu savais! Je suis un fier gredin, va! Je l'ai plantée là sans vergogne un jour que nous avions dix-huit personnes à déjeuner. Je veux savoir comment il a fini, ce malheureux déjeuner, le sais-tu, toi?

— Je m'en moque!

— Ta parole? Eh bien! moi aussi. Bah! mais elle! Parle-moi donc! Va-t-elle toujours bien? Est-elle toujours aussi jolie? Se souvient-elle de moi?… Ah çà! Jean-Pierre, j'aime à croire que tu as eu soin de mes enfants! Combien m'en reste-t-il?

— Il t'en reste trois de plus que tu n'en mérites ; c'est pourquoi tu vas déguerpir à l'instant, sans les voir… Tu les laissais traîner, tes enfants, je les ai ramassés…

— J'étais dans le malheur, et moi je ne peux pas voir souffrir ceux que j'aime! Maintenant j'ai de l'argent ; les Russes m'ont payé. Tu ne connais pas l'empereur de Russie? Voilà un homme! Ses roubles m'ont porté bonheur ; j'ai fait sauter deux banques. Si tu n'as jamais vu un joueur qui a fait sauter deux banques, regarde ton ami.

— Tu n'es plus mon ami, et je t'ai assez vu. Bonsoir, adieu, et tâche d'oublier le chemin de ma maison.

— Eh mais! savez-vous, monsieur Gautripon, que vous le prenez bien haut?