— C'est qu'il le ferait comme il le dit, ce Chinois-là!

— Et même mieux, car il parle mal, et il aime bien.

— Allons, bonsoir et que le ciel préserve les cœurs faibles de rencontrer de pareils dévouements!

— Pourquoi?

— Parce qu'on se laisserait tenter à la fin, et qu'on prendrait les gens au mot, et qu'on se conduirait comme une franche canaille! Adieu. Je n'oublierai jamais cette soirée : tu peux donc te dispenser de m'en reparler jamais. »

Je le conduisis à son corps défendant jusqu'au bout de mon corridor : il chancelait comme un homme ivre. En arrivant à l'escalier, il se retourna brusquement, me saisit par les épaules, m'embrassa et me dit d'une voix étranglée :

« Vieux, encore une fois merci ; mais non! Ah! pour ça, non! »

Il me laissa fort ému, vous le croiriez sans peine. Dès le lendemain, après une nuit inquiète, je courus prendre de ses nouvelles. Son serviteur particulier m'assura qu'il venait de partir pour la campagne et qu'il ne rentrerait pas de quelques jours. Je crus qu'il était à se battre, et je laissai percer mon appréhension malgré moi ; mais le valet, qui devait en savoir long sur les secrets de son maître, s'empressa de me rassurer. Il me laissa comprendre que Léon n'était pas toujours d'accord avec M. Bréchot, que le père et le fils avaient eu trois discussions violentes en vingt-quatre heures, et qu'ils étaient partis chacun de son côté pour se rafraîchir le sang.

Je fus six grands jours sans nouvelles. Un matin, je trouvai Léon dans sa chambre. Il paraissait calme et reposé.

« C'est donc fini? lui dis-je.