« Quel jour avons-nous aujourd'hui? demanda-t-il d'un ton cavalier.

— Vendredi.

— Eh bien! vous n'avez plus à souffrir que pour deux courriers. Moi, je n'épouserais jamais une personne qui n'aurait pas mon cœur. »

Tolla trouva juste la force de répondre d'une voix étouffée : « Ni moi non plus, si j'étais libre de suivre mes sentiments. »

L'entrée de la comtesse lui permit de cacher ses larmes. Lello prit congé sans rien voir, et sortit d'un pas délibéré. De sa vie, il n'avait été plus irrésolu.

Tolla resta désespérée. Pour la première fois depuis deux mois, elle douta sérieusement de l'amour de Lello. Dans sa douleur, elle se souvint de demander assistance à saint Joseph, pour qui sa dévotion ne s'était jamais refroidie. Elle commença dès le lendemain un triduo, c'est-à-dire un tiers de neuvaine, suppliant son bon vieux saint de lui apprendre à quel mari Dieu la destinait. « Si dans trois jours, se dit-elle, Lello n'a pas parlé, c'est que le ciel me condamnera à accepter l'autre. » Sa mère lui permit de passer la plus grande partie de ces trois jours à l'église, dans la compagnie d'une vieille tante, et Dieu sait si elle pria du fond du cœur.

Ses parents la laissaient faire, mais ils n'espéraient plus rien. Ils croyaient fermement que tout finirait par une bonne lettre à Ancône. Personne ne pouvait croire que Lello saurait se décider dans ces trois jours, lorsque la peur de la perdre et la douleur qu'elle avait laissé voir ne lui avaient pas arraché une parole.

« C'était un beau rêve, dit le comte, mais nous voilà réveillés, il épousera la princesse que ses parents lui destinent.

— Pourvu que Tolla ne tombe pas malade! soupira la comtesse.

— Tout n'est pas perdu, dit Toto. C'est demain dimanche. Pippo Trasimeni ne sera pas de service : invitez-le à passer la soirée avec nous. »