— Un peu ; mais je trouve toujours le moyen de me faire envoyer à la ville une ou deux fois dans un hiver.

— Sais-tu qu'ils sont très-laids, tes buffles, avec leur peau galeuse, leur grosse tête et leur dos bossu?

— Oui ; mais moi, quand je galope derrière eux, la lance à la main, dans une grande plaine nue, en serrant mon cheval entre mes guêtres, il me semble que je suis beau comme un Romain d'autrefois.

— Mais lorsque tu reviens de Rome et que tu as vu tant de palais et d'églises, comment peux-tu encore regarder ce grand désert brûlé par le soleil, sans herbe, sans arbres, sans maisons, où l'on ne rencontre que des aqueducs écroulés et de vieilles ruines de brique? Moi, je trouve cela affreux.

— Horrible! ajouta le camérier, qui se piquait d'avoir du goût.

— C'est que vous avez vécu longtemps à la ville, répondit sincèrement Menico ; moi, qui ne sais rien et qui ai passé toute ma vie dans cette grande solitude qui s'étend autour de Rome, j'aime ces plaines brûlées, ce soleil ardent, ces ruines rouges, et jusqu'au chant des cigales dont les ailes grises viennent quelquefois me fouetter la figure. Quand je suis triste, il me plaît de voir que tout est triste autour de moi.

— Et quand tu es gai?

— Alors c'est autre chose. Je vois des fleurs sur toute la terre, et les masures rouges deviennent plus belles que des églises le jour de Pâques. Comprends-tu?

— Tu regrettais donc tes herbages et tes masures pendant les quatre mois que tu as passés à Rome.

— Non.