— Au reste, nous avons à Rome des jeunes gens assez riches pour prendre une fille sans dot.

— Bien, monsignor! Vous êtes un homme antique. Vous ne donnez pas, vous, dans le travers ridicule des hommes d'aujourd'hui! je ne connais rien d'impatientant comme cette question : « Qu'a-t-elle? » Eh! mes chers messieurs, ma fille a ce qu'elle a ; épousez-la pour elle, ou je la garde. Je vous dirai le lendemain du mariage si elle est sans un sou ou si elle a dix millions. »

A ce chiffre de dix millions, Rouquette prit un air si respectueux que la générale se persuada qu'il était dupe. « Décidément, madame, dit-il en terminant, je crois que, si je m'appelais Lello Coromila, je choisirais ma femme en Russie. Par malheur, je ne suis rien qu'un homme de bon conseil.

— Il va travailler Lello! se dit la générale ivre d'espérance.

— Elle court perdre les Feraldi, » pensa Rouquette en la voyant sortir.

Huit jours après, il n'était bruit que du mariage secret de Lello et de Tolla. On citait le jour, l'heure, la chapelle, le prêtre et les témoins. Ces détails d'une précision inquiétante émurent le frère de Lello : il lui demanda s'ils étaient vrais, et ne voulut croire ses dénégations que lorsqu'elles furent confirmées par Rouquette.

Tolla n'ignora pas longtemps les calomnies que la Fratief avait mises en circulation. Un matin que Mme Feraldi réunissait chez elle quelques jeunes filles de la société et quelques amis de Toto pour répéter ensemble une mazurka, les deux cousines de Tolla vinrent la féliciter de son mariage.

« Quel mariage? demanda-t-elle en rougissant jusqu'aux yeux.

— C'est bien mal à toi, Tolla, de n'en avoir rien dit à tes bonnes cousines!

— Ah! ah! ah! qu'elle est étonnante avec son air étonné! Nous n'aurions pas dû être les dernières à apprendre ton bonheur.