— Laisse-moi tes idées en repos. Va trouver cette fille, dis-lui ce que tu voudras, promets-lui ce qu'il faudra, arrange-toi comme tu pourras, mais décide-la à entrer au couvent : il s'agit du salut de mademoiselle.

— Je cours, monsieur. Jusqu'ici je n'avais trompé personne, mais le salut de mademoiselle avant tout! »

Le 29 avril, à dix heures du soir, Tolla et sa femme de chambre entrèrent au couvent de Saint-Antoine-Abbé. Elles y furent conduites par le comte, la comtesse, Victor, Lello, Philippe, l'abbé La Marmora et Menico. La supérieure reçut Tolla des mains de sa mère. Elle l'embrassa tendrement et lui fit une petite exhortation maternelle sur les nouveaux devoirs qu'elle aurait à remplir, les privations auxquelles elle se condamnait, le passage de la vie tumultueuse des salons à la vie austère du cloître, et les avantages spirituels et temporels que Dieu lui réservait en échange d'un si vertueux sacrifice. Tolla dit adieu à tout le monde. Lorsqu'elle serra la main de Lello, deux grandes larmes descendirent lentement le long de ses joues pâles ; elle se pencha vers lui et lui dit à l'oreille :

« Me voici où tu as voulu ; j'y resterai jusqu'à ce que tu viennes me reprendre : ne me fais pas attendre trop longtemps. »

Menico pleurait à la dérobée. Amarella lui demanda tout bas :

« Est-ce pour moi, ces larmes?

— Et pour qui donc? » répondit-il en rougissant un peu de son mensonge.

Lorsque la supérieure eut amené sa nouvelle pensionnaire, les parents et les amis de Tolla restèrent quelques instants à écouter le grondement lugubre des portes qui se fermaient sur elle. Ce grand parloir sombre et froid n'était éclairé que par une lampe de cuisine dont la fumée montait en tournoyant jusqu'au plancher. Personne n'osait prendre la parole ; Menico s'approcha de Lello et lui dit à haute voix :

« Adieu, Excellence ; je vous souhaite un bon voyage et beaucoup de plaisir.

— Ma pauvre fille! murmura la comtesse en étouffant un sanglot.