[497: Lettre de M. d'Aubier.]

[498: Mémoires de Mme Campan, vol. II.]

[499: Mémoires de Mme Campan, vol. II.]

[500: Lettre de M. d'Aubier.]

[501: Ibid.]

[502: Nous avons dit de combien de misérables griefs les entours du duc d'Orléans avaient nourri son inimitié contre la Reine. Une curieuse lettre, écrite sept jours après l'incarcération de la famille royale, va montrer ce que peuvent avoir ajouté à cette inimitié des jalousies de femme. Le lecteur y trouvera en même temps une chronique intime du 10 août, et un coin de l'histoire morale de la Révolution. Cette lettre, publiée par nous pour la première fois et dont nous devons la communication à M. Niel, est de la comtesse de Buffon, dont on connaît les relations avec le duc d'Orléans. Elle est adressée à Lauzun, qui était allé prendre à Strasbourg le commandement de l'armée du haut Rhin.

«Paris, ce 20 août 1792.

«Je vous ai promis de tous donner de mes nouvelles, même de remplir trois ou quatre pages en votre faveur. Comme voicy le moment ou chacun est plus scrupuleux de tenir ce qu'il promet, je vais commencer mon récit, et ne parlerai de vous, de moi et de nos amis communs qu'après vous avoir donné un extrait fidèle des différents événements de la capitale.

«Les chevaliers du poignard, faible soutien de Louis XVI, après avoir été les uns pris et renfermés, les autres tués, les autres se claquemurant pour se rendre introuvable, ont encore eu la douleur de voir ou de savoir que Ton a mis leur gros chef au Temple,—ou il est avec sa femme, sa fille et le prince royal, plus Madame Élisabeth.—On n'entre dans la tour qu'avec une permission de M. Petion.—Si nous connoissions de l'esprit au Roy, nous pourrions prendre son insouciance pour du courage.—Il se promène dans son jardin, en calculant combien de pieds quarrés en tel sens ou en tel autre; il mange et boit bien,—et joue au ballon avec son fils. La Reine est moins calme, dit-on; elle n'a depuis hier aucune dame auprès d'elle. Mesdames de Lamballe, Tarente, Saint-Aldegonde, Tourzel, encore deux autres dont je n'ai pu savoir le nom, ont été transférées à la Force.—Il y a, selon le relevé des sections de Paris, six mille cinq cents personnes de péris dans la journée du 10.—Le complot de la cour était atroce et gauche comme à l'ordinaire; il faut avouer que nous avons une étoile préservatrice et qu'avec bien de l'argent, bien des ruses, bien des moyens, ils ont toujours si fort précipités leurs projets que le succès qu'ils attendoient a toujours été pour nous; les plus enragés aristocrates sont furieux contre le Roy, de ce qu'ils se sont laissés couper le col pour lui, et que bravement il s'en est allé trouver les députés; trop heureux que l'assemblée ait bien voulu lui permettre de dormir et de manger au milieu d'elle.—On assure qu'il y a quatre mille personnes d'arrettés et compromise plus ou moins dans cette malheureuse affaire. On doit demain guillotiné au Carousel.—On affirme que MM. de Poix et de Laporte seront les premiers.—On cherche partout, MM. de Narbonne, Baumetz et du Chatelet; ils sont dans Paris, et c'est la crainte qu'eux et d'autres que l'on ne veut pas laisser aller, ne partent que l'on ne délivre aucun passeport.—Au milieu de ces arrestations Paris est calme pour ceux qui ne tripotent point.—J'oubliois de vous dire que madame d'Ossun est à l'Abbaye.—Celles qui sont à la Force ne savent point pour combien de temps, et la ci-devant princesse (de Lamballe) est sant femme de chambre, elle se soigne elle-même; pour une personne qui se trouve mal devant un oumard en peinture c'est une rude position. On ne voit pas une belle dame dans les rues; je roule cependant avec mon cocher qui chatouille les lanternes de Paris avec son chapeau.—J'ai été hier à l'Opéra; les aboyeurs étaient occupés de mon seul service; j'avois le vestibule pour moi, et Roland mon domestique faisoit la promenade solitairement dans le couloir; cependant la salle était pleine.—Vous scavez par les papiers les choses dont je ne vous parle pas.—Vous avez sans doute sçu que Sulau a été expédié dans l'affaire du 10. On courre après M. Lafayette. Je ne sais s'il se défendra avec une partie de son armée, ou s'il sera ramené à Paris: voilà encore un événement marquant, mais que j'ignore.—La fourberie de ce général prouvera en faveur du plus franc et des moins ambitieux des citoyens notre ami Philippe.

Vous savés que lorsque M. Lukner a appris le decret de suspension, il a dit: Sacretié, moi ché si jacobi! pourvu que M. Lafayette n'ait pas eu le temps de travailler sa façon de penser. Il y a une dame de la rue du Bac, qui avoit les yeux culottes de velours noirs, disoit son beau-frère, qui a assuré notre ami qu'elle n'osait respirer et qu'elle mourrait de peur; elle est fort drôle, dit-on dans sa frayeur, quoique n'ayant rien qui l'agite personnellement, mes ses amis, elle n'en peut respirer.