Fouquier-Tinville prenait la parole, et répétait son acte d'accusation.
Cependant il n'osait répéter l'accusation d'Hébert.

Les défenseurs parlaient, et Chauveau-Lagarde osait dans son exorde juger le procès de la Reine: «Je ne suis dans cette affaire embarrassé que d'une seule chose, disait-il: ce n'est pas de trouver des objections[652].»

Les défenseurs rassis, le président Herman prononce ce que la justice révolutionnaire appelait un résumé. Il évoque contre Marie-Antoinette les mânes de tous les morts, il la charge de toutes les allégations sans preuve, et il finit par déclarer que «c'est tout le peuple français qui accuse Marie-Antoinette[653].»

Herman n'a pas osé tout dire. Un autre a mieux et plus crûment résumé l'affaire. Et ce n'est point dans l'acte d'accusation, dans le réquisitoire, dans le résumé du tribunal criminel extraordinaire, qu'il faut aller chercher le dernier mot de ce procès et le dernier mot de la Révolution; c'est dans ce numéro du Père Duchêne, qu'Hébert écrit pendant le ballottage de la tête de la Reine:

«Je suppose… qu'elle ne fût pas coupable de tous ces crimes; n'a-t-elle pas été reine? Ce crime-là suffit pour la faire raccourcir; car… qu'est-ce qu'un roi ou une reine? N'est-ce pas ce qu'il y a dans le monde de plus impur, de plus scélérat? Régner, n'est-ce pas être le plus mortel ennemi de l'humanité? Les contre-révolutionnaires, que nous étouffons comme des chiens enragés, ne sont nos ennemis que de bricole; mais les rois et leur race sont nés pour nous nuire: en naissant ils sont destinés au crime, comme telle plante à nous empoisonner; il est aussi naturel aux empereurs, aux rois, aux princes et à tous les despotes, d'opprimer les hommes et de les dévorer, qu'aux tigres et aux ours de déchirer la proie qui tombe sous leurs griffes; ils regardent le peuple comme un vil bétail dont le sang et les sueurs leur appartiennent; ils ne font pas plus de cas de ceux qu'ils appellent leurs sujets que des insectes sur lesquels nous marchons et que nous écrasons sans nous en apercevoir. Ils jouent aux hommes comme nous jouons aux quilles, et, quand un monstre couronné est las de la chasse, il déclare une guerre sanglante à un autre brigand de son acabit, sans sujet et souvent contre ses propres intérêts, mais pour avoir un nouveau passe-temps pour se désennuyer: il entend de sang-froid la perte d'une bataille; il regarde d'un œil sec les monceaux de cadavres qui viennent de périr pour lui, et il est moins affecté que moi… quand je perds une partie de piquet, et qu'un de mes compères m'a fait pic, et repic et capot. C'est un devoir à tout homme libre de tuer un roi, ou ceux qui sont destinés à être rois, ou qui ont partagé les crimes des rois. Une autorité qui est assez puissante pour détrôner un roi commet un crime contre l'humanité si elle ne profite pas du moment pour l'exterminer, lui et sa b… de famille. Que diroit-on d'un benêt qui, en labourant son champ, viendroit à découvrir une nichée de serpents, s'il se contentoit d'écraser la tête du père et qu'il fût assez poule mouillée pour avoir compassion du reste; s'il disoit en lui-même: C'est dommage de tuer une pauvre mère au milieu de ses enfants; tout ce qui est petit est si gentil! Emportons ce joli nid à la maison pour divertir mes petits marmots. Ne commettroit-il pas, par bêtise, un très-grand crime?… Point de grâce! Autant qu'il nous tombera sous la main d'empereurs, de rois, de reines, d'impératrices, délivrons-en la terre[654].»

* * * * *

Les questions soumises au jury sont celles-ci:

«1° Est-il constant qu'il ait existé des manœuvres et intelligences avec les Puissances étrangères et autres ennemis extérieurs de la République; lesdites manœuvres et intelligences tendant à leur fournir des secours en argent, à leur donner l'entrée du territoire français et à y faciliter le progrès de leurs armes?

«2° Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Louis Capet, est-elle convaincue d'avoir coopéré aux manœuvres et d'avoir entretenu ces intelligences?

«3° Est-il constant qu'il a existé un complot et conspiration tendant à allumer la guerre civile dans l'intérieur de la République?