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Vendredi 15 octobre.—Je me retrouve à Paris avec une paresse indicible à me remuer, à sortir de chez moi. Les trois ou quatre volumes portant mon nom, qui s'impriment ou se réimpriment, ne m'intéressent nullement. Fumer, en regardant vaguement des choses d'art, ce serait, en ce moment, toute l'ambition de ma vie.
* * * * * Samedi 16 octobre.—Le petit prince Sayounsi a donné, ces jours-ci, ses sabres de famille à Burty. En les donnant, le prince s'est excusé du mauvais état de ses armes, disant que ses amis s'en servaient, à Paris, pour couper les bouchons de Champagne. Oui, voilà, à quoi sont tombés ces farouches lames, ces aciers superbes!
Je remarquais sur la lame du petit sabre, des ondulations presque imperceptibles, en forme de nuages, et à propos de ces ondulations, le prince Sayounsi, a dit à Burty, qu'un japonais en comptant le nombre de nuages compris dans un espace, qu'il lui désignait entre ses deux ongles, y lisait la signature de l'armurier.
Ces lames, c'est l'idéal de l'acier, l'idéal de ce beau ton cruel du métal de la mort.
Et le sobre et sévère goût d'ornementation qui pare ce beau métal. Je me rappelais, en les maniant, un sabre que j'ai vu dernièrement. Une petite araignée d'or filait sa toile, et les fils presque invisibles de sa trame, descendaient sur la lame, sur le fourreau, apparaissant sous les miroitements du jour, en leurs matières différentes, comme une toile d'araignée baignée de rosée, sous le soleil du matin.
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Mercredi 27 octobre.—Voici la phrase textuelle, dite par Radowitz, le famulus de Bismark, au duc de Gontaut-Biron, lorsque, l'été dernier, il l'interrogeait sur les intentions de son maître:
«Humainement, chrétiennement, politiquement, nous sommes obligés de faire la guerre à la France».
Et à la suite de cette déclaration, de longues considérations à l'appui.