«Alors décidément le morpion est moins bien armé par le créateur que le pou?»

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Samedi 12 février.—Pour me connaître, pour savoir ce que je vaux, il faut me plaire: avec les gens qui ne me sont pas sympathiques, je me referme et ne laisse rien passer de moi.

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Dimanche 13 février.—En lisant, cette nuit, du Michelet, j'ai l'impression d'une littérature opiacée, capiteuse et trouble, surexcitante et énervante.

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Jeudi 17 février.—Je dîne aujourd'hui chez Burty, avec deux Japonais: le prince Sayounsi et un Japonais du commun.

Le prince, c'est le type du Chinois avec les yeux remontés, la bouche à grosses lèvres, la face enfantinement sourieuse: tout cela sous une raie au milieu de la tête, la raie du gandin parisien.

L'autre est un type plus de son pays, il a une de ces figures cabossées de masques japonais en carton ou en bois; sa barbe et ses cheveux sont faits d'un crin noir; les protubérances du sourcil, au-dessus du front sont très détachées, la prunelle dans le blanc de son œil, un peu extravasé de sang, ne se tient jamais tranquille au centre, comme dans l'œil européen. On la rencontre toujours irritée ou animée par quelque passion de l'âme, en bas, en haut, dans les coins,—cela donnant au regard un caractère fiévreusement étrange.

Tous deux ont une voix douce et musicale, des pieds d'une petitesse exquise, des mains douées pour prendre les choses, de la préhension délicatement tâtonnante des singes. Ce qui me frappe surtout chez eux, c'est l'absence d'estomac et de toute la tripaille matérielle qui remplit un ventre européen, et leur maigreur de lapin vidé et l'exiguïté de leurs personnes flottent dans nos pantalons et nos redingotes, un peu à la façon de la petitesse d'animaux affublés dans les cirques de vêtements humains.