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Jeudi 8 décembre.—On ne parle que de ce qui se mange, peut se manger, se trouve à manger.

—Vous savez, un œuf frais: ça coûte vingt-cinq sous!

—A ce qu'il paraît, il y a un individu qui achète toutes les chandelles de Paris, avec lesquelles, en mettant un peu de couleur, il fait cette graisse qu'on vend si cher!

—Oh! gardez-vous du beurre de coco; ça infecte une maison, au moins pendant trois jours.

—J'ai vu des côtelettes de chien, c'est vraiment appétissant: ça a tout à fait l'air de côtelettes de mouton!

—N'oubliez pas, il y a encore chez Corcelet des conserves de tomates!

—Que je vous indique une très bonne chose. Vous faites du macaroni, et vous l'accommodez en salade, avec beaucoup d'herbes. Que voulez-vous dans ce moment!

La famine est à l'horizon, et les Parisiennes élégantes commencent à transformer leurs cabinets de toilette en poulaillers.

Ce n'est pas seulement le manger, c'est l'éclairage qui va manquer. L'huile à brûler devient rare, les bougies sont à leur fin. Et pis que tout cela, par le froid qu'il fait, on est tout proche du moment où l'on ne trouvera plus ni charbon de terre, ni coke, ni bois. Nous allons entrer dans la famine, la congélation, la nuit, et l'avenir semble promettre des souffrances et des horreurs, telles que n'en a vu aucun siège.