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—En littérature on ne fait bien que ce qu'on a vu ou souffert.
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Juillet—Le cidre une boisson qui fait rentrer en soi, qui rend sérieux, ferme et solide, qui fait la tête froide et le raisonnement sec, une boisson qui ne grise que la dialectique des intérêts. Après de la bière, on écrirait un traité sur Hegel; après du champagne, on dirait des sottises; après du bourgogne, on en ferait;—après du cidre, on rédigerait un bail.
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—Un livre n'est jamais un chef-d'oeuvre, il le devient. Le génie est le talent d'un homme mort.
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7 août—Ce soir il y avait bal au Casino. Elle avait mis un corsage décolleté, au décolletage qui montre le tendre entre-deux des seins.
Nous sommes sortis ensemble. Elle était moitié heureuse de sa toilette, comme un enfant, moitié confuse, comme une personne qui se sentirait à peu près nue. Elle cherchait, de sa main libre, à fermer une petite veste qu'elle portait par-dessus, à empêcher de trop voir dessous, sans toutefois la fermer tout à fait. En passant dans la rue, elle a hélé une de ses amies, assise à une fenêtre du rez-de-chaussée, et lui a demandé une épingle, en disant, tout bas: «C'est gênant de montrer sa peau dans la rue!»
Au salon, nous avons pris une tasse de café, et pendant ce, je ne sais comment, l'épingle s'est défaite. Elle avait un corsage blanc avec des agréments bleus. Une gorgerette en batiste, sous laquelle passait le rosé de sa peau, resserrait encore le peu de chair vivante, montrée aux yeux. Un collier en filigrane d'or, la coupait deux ou trois fois, cette chair, —suspendu sur le sinus de sa gorge… Entre ses deux seins, elle avait placé un oeillet rose, à filets pourpre, qui faisait ressortir la blancheur lactée de sa peau, et donnait à l'oeillet, l'apparence d'une fleur artificielle.