22 août—Bizarres créatures que ces femmes russes. Tout est caprice et folie en elles, jusqu'à l'estomac. Des citrons, des tomates, de l'absinthe, du laudanum, c'était l'alimentation de la princesse Narichine, et la duchesse de M—— ne se nourrit que de salade et de bonbons, éprouve des maux de coeur devant le bouillon et la viande, et à ses dernières couches, on n'a pu la faire revenir d'une syncope qu'au moyen d'une bouteille de rhum.
* * * * *
—Peindre dans un roman la blessure que fait à un homme amoureux, la danse de la femme qu'il aime, et plus que la danse et son enlacement, la transfiguration presque courtisanesque, que la sauterie apporte à cette femme, soudainement sortie de son humeur raisonnable, de son caractère tranquille, du sage apaisement de son honnête personne.
* * * * *
1er septembre—On me racontait ceci: Eugène Sue, vieux, fini, usé, faisait en Savoie la cour à Mme de Solms. C'était le soir. La lune le frappa tout à coup en pleine figure, et cette lumière décomposant toute la chimie des teintures de son masque de beau, fit apparaître le dessous effrayant, pour ainsi dire, le cadavre, de son visage.
* * * * *
—Il est peu de douleurs, si grandes qu'elles soient, qui ne soient que douleur; et j'ai vu peu de larmes derrière les morts, qui ne fussent salies d'un intérêt ou d'une vanité.
* * * * *
2 septembre—Quand Sainte-Beuve est fatigué, et qu'il se dispose à dormir dans la journée, il donne cette consigne à Mme Dufour: «Si le pape venait, vous lui diriez que je n'y suis pas, et si ma pauvre mère revenait, vous lui diriez d'attendre!»
Sainte-Beuve nous raconte cette anecdote sur Musset. Véron demande à Musset un feuilleton pour le CONSTITUTIONNEL. Musset dit qu'il a en tête une fantaisie et qu'il voudrait 4,000 francs. Véron consent à les lui donner, et les lui remet un matin. Le soir il va dîner chez Véry. Il voit fleurir les escaliers des plus belles fleurs. Il demande qui donne cette fête. Le garçon lui répond: «C'est M. de Musset,» avec un visage tout émerillonné. Il monte voir.