Il nous disait encore que, lorsque le fils du ministre de Turquie est pris de nostalgie, il vient s'enfermer une journée chez lui, regarde ses tableaux, prend une tasse de café fait à la mode des siens, dans une tasse de son pays, et s'en va plein de son soleil et de sa patrie pour huit jours.
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Mercredi 14 décembre—Dîner chez la princesse Mathilde.
A ce dîner assiste un capitaine d'état-major partant pour le Mexique, demain matin. Ses effets sont emballés. Il dîne dans un uniforme qui a fait campagne, un uniforme au glorieux ton d'or bruni par le plein air et la poudre.
Il parle de l'armée mexicaine et conte spirituellement la manière dont elle se recrute: «Avez-vous arrêté un assassin, dit-il, le juge vous demande, si pour punition, vous ne donneriez pas votre agrément à ce qu'il fût condamné à être soldat?» Il y a encore d'autres moyens d'avoir des soldats au Mexique: celui qui réussit le mieux, c'est de faire de la musique sur une place, puis fermer toutes les issues, et organiser une presse au lasso. Ces moyens ne font pas des soldats bien attachés au drapeau; loin de là, ils sont toujours prêts à passer pour le plus petit avantage de l'autre côté, si bien que là-bas l'expression déserter n'existe pas ou ne s'emploie jamais… et la peur du passage à l'ennemi est telle, qu'un moment Juarez était forcé de faire surveiller son infanterie par sa cavalerie.
«Puis, ajoute-t-il, là-bas tout grade supérieur dans l'armée est regardé comme une position à exploiter,» et il nous assure qu'au siège de Puebla, «Ortéga vendait de la farine à notre armée…»
Au milieu de la causerie, Girardin entre dans le salon, tout rajeuni. Il vient de faire recevoir aujourd'hui le SUPPLICE D'UNE FEMME à la Comédie-Française, et le publiciste a des yeux de velours pour qui lui parle de sa pièce, de la distribution des rôles.
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14 décembre—Une fable me rappelle toujours ces scènes d'animaux empaillés: un duel de grenouilles, une guenon à sa toilette,—qui sont chez les naturalistes.
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