Nous sommes dans une grande salle, tendue d'un papier chocolat, où il y a des fauteuils de tragédie, recouverts d'un velours usé et miroitant, et un buste de l'Empereur soutenu par un aigle, qui a l'air d'une oie. Le maire, au crâne en pain de sucre, bridé dans sa sous-ventrière tricolore, a l'air d'un maire grognon d'une farce du Palais-Royal.

—Le mariage civil est une cérémonie où la Loi ne met juste que le coeur du Code.

* * * * *

17 avril.—Passant devant les Français, nous montons au cabinet de Thierry, pour lui dire qu'il ne se donne pas l'ennui de lire la pièce, qu'elle est impossible pour son théâtre. L'huissier nous dit qu'on ne peut pas le voir.

* * * * *

21 avril.—Reçu une lettre d'Harmand, du Vaudeville, qui nous promet une lecture après la pièce de Feydeau, qui passe ces jours-ci.

Le soir, en allant à la soirée de Nieuwerkerke, nous remontons l'escalier du Théâtre-Français, sur un mot de Thierry, qui nous fait de grands compliments, nous assure de sa sympathie, et, quoi que nous lui disions, s'entête à nous demander HENRIETTE MARÉCHAL, pour la lire.

* * * * *

_24 avril.—Chez Magny. On cause de l'espace et du temps, et j'entends la voix de Berthelot, un grand et brillant imaginateur d'hypothèses, jeter ces paroles dans la conversation générale:

«Tout corps, tout mouvement exerçant une action chimique sur les corps organiques avec lesquels il s'est trouvé, une seconde, en contact, tout, —depuis que le monde est,—existe et sommeille, conservé, photographié en milliards de clichés naturels: et peut-être est-ce là, la seule marque de notre passage dans cette éternité-ci… Qui sait si, un jour, la science, avec ses progrès, ne retrouvera pas le portrait d'Alexandre sur un rocher, où se sera posée un moment son ombre?»