4 janvier.—Feuilleté aujourd'hui les 80 planches de Goya.
C'est le cauchemar de la guerre. Oh! cette planche terrifique, comme une épouvante rencontrée la nuit, par un clair de lune, au coin d'un bois: un homme empalé à une branche d'arbre, nu, saignant, les pieds contractés de souffrance, l'agonie de sa torture sur la face, et dans le hérissement des cheveux… le bras coupé net, comme un bras cassé de statue…
Et puis, tournez la feuille: des bouches qui crachent la vie, des mourants vomissant le sang sur des cadavres; et tournez encore la feuille: l'Espagne mendiant, les pieds dans la voirie d'une ambulance…
Le génie de l'horreur, c'est le génie de l'Espagne. Il y a de la torture, de l'inquisition presque, dans les planches de son dernier grand peintre, et dans la morsure de ses eaux-fortes, pour ainsi dire, de la brûlure de ses autodafés.
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—A l'heure présente, il y a dans les bals publics quatre fameux danseurs, dont le plus renommé s'appelle Dodoche, et qui est un marchand de papier. Le second est un sculpteur, le troisième un marbrier tumulaire, le quatrième un attaché aux Pompes funèbres. Ainsi se rattachent nos Bacchanales à la Danse des Morts.
Ces danseurs sont en si grande vogue, surtout aux bals masqués, que pour la réclame et la publicité de danser avec eux, les femmes leur donnent cinq francs par contredanse.
Il est vrai qu'elles se rattrapent bien facilement par une coutume récemment introduite au bal de l'Opéra, elles montent mendier dans les premières loges, chez Daru, dans les loges d'ambassade, et grappillent des louis, des demi-louis,—faisant ainsi, dans leur nuit, des recettes s'élevant à deux cents francs.
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—Flaubert nous dit, que lorsqu'il était enfant, il s'enfonçait tellement dans ses lectures, en se mordillant la langue et en se tortillant une mèche de cheveux avec les doigts, qu'il lui arrivait, à un moment, de choir à terre. Un jour il se coupa le nez, en tombant contre une vitre de bibliothèque.