SAINTE-BEUVE, très animé.—Taine, ne parlez pas d'Hugo!… Vous ne le connaissez pas… Nous ne sommes que deux ici, qui le connaissions, Gautier et moi… Mais l'oeuvre d'Hugo c'est magnifique!
TAINE.—C'est, je crois, maintenant, que vous appelez poésie: peindre un clocher, un ciel, faire voir des choses enfin. Pour moi ce n'est pas de la poésie, c'est de la peinture.
GAUTIER.—Taine, vous me semblez donner dans l'idiotisme bourgeois. Demander à la poésie du sentimentalisme… ce n'est pas ça. Des mots rayonnants, des mots de lumière… avec un rythme et une musique, voilà ce que c'est, la poésie… Ça ne prouve rien… Ainsi le commencement de Ratbert… il n'y a pas de poésie au monde comme cela. C'est le plateau de l'Hymalaya. Toute l'Italie blasonnée est là… et rien que des mots.
NEFTZER.—Voyons, si c'est beau, c'est qu'il y a une idée.
GAUTIER.—Ah! toi, ne me parle pas…. Tu t'es raccommodé avec le bon Dieu pour faire un journal. Tu t'es remis avec le vieux.
La table rit.
… TAINE.—Par exemple, la femme anglaise…
SAINTE-BEUVE.—Oh! la femme française… n'est-ce pas, il n'y a rien de plus charmant… Une, deux, trois, quatre, cinq femmes: c'est délicieux… Est-ce que notre amie est revenue?… Et dire qu'au moment du terme, on en a une masse de ravissantes… pour rien… de ces malheureuses-là! Car le salaire des femmes… Voilà une chose à laquelle jamais les gens, comme Thiers, ne penseront… Il faut renouveler l'État par là… Ce sont des questions…
VEYNE.—C'est-à-dire que s'il y avait une Convention…
SAINT-VICTOR.—Non, il n'y a pas moyen de vivre pour une femme. La petite
Chose du Gymnase, avec 4,000 francs par an, me disait hier…