29 juillet.—Ici, de jour en jour, croît en moi une allégresse bête, dans laquelle les organes et les fonctions ont comme de la joie. Je me sens du soleil sous la peau, et dans le verger, à l'abri des pommiers, couché sur la paille des boîtes de laveuses, il se fait en mon être un hébétement doux et heureux ainsi que par un bruit d'eau qu'on entend en barque, à côté de soi, roulant d'une écluse.

C'est un état délicieux de pensée figée, de regard perdu, de rêve sans horizon, de jours à la dérive, d'idées qui suivent des vols de papillons blancs dans les choux.

Bricoler des casse-tête, expression des paysans pour se donner du mal.

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4 août.—Sept heures du soir. Le ciel est bleu pâle, d'un bleu presque vert comme si une turquoise y était fondue! Là-dessus marchent doucement, d'une marche harmonieuse et lente, des masses de petits nuages, balayés, ouateux et déchirés, d'un violet aussi tendre que des fumées dans un soleil qui se couche, et leurs cimes sont roses comme des hauts de glaciers, d'un rose de lumière.

Devant moi, sur la rive en face, des lignes d'arbres à la verdure jaune et chaude encore de soleil, s'estompent dans le poudroiement des journées finissantes, en ces tons d'or qui enveloppent la terre avant le crépuscule.

Dans l'eau ridée par une botte de paille, qu'un homme trempe au lavoir, pour lier l'avoine, les joncs, les arbres, le ciel se reflètent avec des solidités denses, et sous la dernière arche du vieux pont, près de moi, de l'arc de son ombre, se détache la moitié d'une vache rousse, lente à boire, et qui, lorsqu'elle a bu, relevant son mufle blanc, baveux de fils d'eau, regarde.

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5 août.—Le matin, le frôlement des voitures de foin contre les murs, met dans votre demi-sommeil l'impression et le léger frou frou d'une femme qui, assise au pied de votre lit, ôterait ses bas de soie.

—A la campagne, le travail m'est presque impossible. Je me sens le nuage qui passe, la feuille qui remue, l'eau qui coule. Je ne suis plus une pensée.