* * * * *

10 avril.—Nous allons visiter Saint-Denis où nous voyons le roi Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie en vitrail. Les monarchies en redingote et en robe à gigots, ne supportent pas la peinture sur verre.

Le soir chez la princesse, je me trouve, côte à côte, dans un entre-deux de porte, avec le duc de Morny, pâle, et la lèvre inférieure toute tremblotante. On joue dans le salon un petit proverbe de l'homme politique. Il est certainement plus ému qu'au 2 décembre.

* * * * *

Lundi 11 avril.—Chez Magny.

Le duc Pasquier est sur le tapis.

—Un bien petit homme frotté à de grandes choses! disons-nous.

—Mon Dieu, vous êtes bien durs! soupire Sainte-Beuve, avec son geste d'apaisement ecclésiastique.

Et voici le défenseur et le champion de cette mémoire, à la tripoter, à la retourner dans tous les sens: «Je ne vous en parlerai pas précisément comme littérateur. Dans la société de Chateaubriand, il était à peine toléré… Des lettres de Joubert, on a retiré toutes les plaisanteries, sous lesquelles Joubert le couvrait de son mépris… Et tenez, vous n'en direz pas plus que n'en a dit Rémusat devant moi, chez Mme ***: «Pasquier n'entend rien à rien,» et après avoir fait l'énumération de tout ce qu'il ignorait, il finit en disant: «Il n'est capable que d'être le ministre de tout cela.» Et puis les éloges académiques… le vénérable prêtre… tout ce qu'a raconté Dufaure… Eh bien, voilà la vérité. Deux heures avant sa mort, il s'est fait lire les CONTES PHILOSOPHIQUES de Voltaire. Il avait du reste passé sa vie à citer des vers de la PUCELLE… toujours faux. C'est vrai!

—Ah! dis-je à Sainte-Beuve, si je meurs avant vous, Dieu me garde d'être pleuré par vous!