—Passé la soirée avec Mme Sabatier, la fameuse présidente au merveilleux corps, moulé par Clesinger dans sa Bacchante. Une grosse nature avec un entrain trivial, bas, populacier. On pourrait la définir, cette belle femme à l'antique, un peu canaille: une vivandière de faunes.
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—Sur le registre des massacres de Septembre, on lit: «Jugé par le peuple et mis en liber…» liber est effacé, et à la place en surcharge, est écrit en mort.
Il y a de ces tragiques ratures dans les destinées.
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17 avril—Singulière vie que la nôtre, partagée entre les élégances du passé et les horreurs de notre temps. Nous voilà à étudier un accouchement césarien, en revenant de pousser aux Commissaires-priseurs, des dessins de Gravelot.
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25 avril—Chez Magny. Veyne nous dit Gavarni très frappé de son état de maladie… Il craint chez lui certains désordres pulmonaires. Il croit l'avoir décidé à partir pour Pierrefonds et à aller passer l'hiver à Nice. Il doit le mener jeudi chez Trousseau.
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27 avril—Nous dînons chez Gautier… ll se trouve là, un ancien, romantique, qui, au temps jadis, fit un voyage en Allemagne avec Sainte-Beuve, et qui nous raconte la façon dont il voyageait, en bon petit bourgeois à la Bouffé, avec un tas d'étiquettes sur toutes ses affaires dans sa malle, des étiquettes comme: chemises plus fines que les autres, bas à ménager.