—L'idée du manchon de Mimi donnée à Murger par Paul Labat qui, conduisant sa maîtresse à l'hôpital, fit arrêter le fiacre devant une écaillère de marchand de vin, sur le désir que la mourante témoigna de manger des huîtres.
—Il me semble que les fonctionnaires sont destitués comme on renvoie les domestiques: aux seconds, on donne huit jours d'avance, aux premiers, la croix.
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22 octobre 1852.—Le PARIS paraît aujourd'hui. C'est, croyons-nous, le premier journal littéraire quotidien, depuis la fondation du monde. Nous écrivons l'article d'en-tête.
—Nous soupons beaucoup cette année: des soupers imbéciles où l'on sert des pêches à la Condé, des pêches-primeurs à 8 francs pièce, dont le plat coûte quatre louis et où l'on boit du vin chaud fabriqué avec du Léoville de 1836; des soupers en compagnie de gaupes ramassées à Mabille, de gueuses d'occasion qui mordent à ces repas d'opéra, avec un morceau de cervelas de leur dîner, resté entre les dents, et dont l'une s'écriait naïvement: «Tiens, quatre heures… maman est en train d'éplucher ses carottes!»
—Gavarni nous dit aujourd'hui qu'il croit avoir trouvé une force motrice qui pourra, un jour, se débiter chez les épiciers, et dont on pourra demander pour deux sous.
ANNÉE 1853
Janvier 1853.—Les bureaux du PARIS, d'abord établis, 1, rue Laffitte, à la Maison d'Or, furent, au bout de quelques mois, transférés rue Bergère, au-dessus de l'ASSEMBLÉE NATIONALE.
La curiosité de ces bureaux était le cabinet de Villedeuil où le directeur du journal avait utilisé la tenture, les rideaux de velours noir à crépines d'argent de son salon de la rue de Tournon, où se donnaient, un moment, toutes bougies éteintes, des punchs macabres. A côté du cabinet, la caisse, une caisse grillée, une vraie caisse, où se tenait le caissier Lebarbier, le petit-fils du vignettiste du XVIIIe siècle, que nous avions retiré avec Pouthier des bas-fonds de la bohème. Un échappé du CORSAIRE faisait dans un petit salon la cuisine du journal. C'était un petit homme, jaune de poil, à l'oeil saillant du jettatore, un des seuls écrivains échappés au coup de filet dans lequel le gouvernement avait ramassé les journalistes, le 2 Décembre.
Il était père de famille et père de l'Église, prêchait les bonnes moeurs, se signait parfois comme un saint égaré dans une bande de malfaiteurs, et, malgré tout, allait dans la définition libre des choses plus loin qu'aucun de nous. En ses moments de loisir, il rédigeait pour le journal: LES MÉMOIRES DE Mme SAQUI.