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21 octobre.—«Vous n'êtes pas disposés à épouser, tous deux, Mme Doche, n'est-ce pas? Eh bien! ne présentez pas cela. Il vous faut, comme on dit, de grands acteurs, et vous ne les aurez pas!» C'est Banville qui nous parle ainsi, après la lecture d'un acte intitulé: INCROYABLES ET MERVEILLEUSES, et que nous avions écrit, après notre HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
… Le joli causeur à la malice amusante que ce Banville, et tout ce qu'il raconte sur le théâtre qu'on ne lit pas, avec des aperçus si philosophiquement blagueurs, et les portraits si bien mordus à l'eau-forte qu'il enlève des comédiens et des comédiennes, et le délicieux comique et le parfait acteur qu'il est pour jouer ce monde des planches, et l'art unique qu'il a, avec son ironie flûtée et poignardante, d'exposer les dessous infâmes ou ironiques des choses des coulisses… Et les paradoxes charmants, énormes, stupéfiants, les paradoxes de lettré, où au fond de l'exagération hyperbolique, existe toujours un grain infinitésimal de vérité ou de bon sens, et qui sortent de sa bouche à tout moment. Qu'on l'écoute:
«Savez-vous la recette de Duvert et de Lausanne pour faire un vaudeville? Ils prennent Andromaque. Oui, Andromaque! Maintenant, voici comment ils l'arrangent. D'Andromaque, ils font un pompier. Puis, la jalousie, le noeud de la pièce, ils la transforment en le désir d'obtenir un bureau de tabac…» Et ainsi du reste.
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26 octobre.—Une journée passée à l'atelier, de Servin. Un farniente sans remords, une flâne majestueuse et déridée, un lundi du pinceau, des rires, de l'esprit abracadabrant, des blagues énormes et pouffantes, et des enfantillages, et des coups de pied au cul, et la gaminerie et la clownerie parisiennes dansant autour des couleurs et des tubes enchantés tenant le soleil et la chair; enfin, des heures molles, inertes, avachies, et le Temps s'endormant sur le divan, où ces joyeux pitres le bercent avec de la farce, des pantomimes drolatiques, des ironies, des riens, et le complet oubli et la parfaite insouciance du proverbe anglais: Time is money.
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—Le café m'apparaît comme une distraction bien en enfance. Il me semble que les siècles futurs trouveront mieux. Dans ces temps, il y aura des endroits où des philtres vous épanouiront la rate, où avec je ne sais quoi, avec un gaz exhilarant, on vous remplira de gaieté pour quarante centimes, et où des garçons vous verseront par tout le corps une sorte de paix et de joie: une demi-tasse de paradis.
De véritables débits de consolation, où l'on détournera le cours de l'âme et la mélancolie de la pensée, pendant une heure.
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