Dimanche 1er novembre.—Daudet parlait de l'intérêt d'un livre, qui raconterait l'enfance et la jeunesse des hommes qui ont émergé. Et il disait son étonnement de la ressemblance de sa tumultueuse enfance avec celle de Byron, quand il l'avait lue dans Taine. Et là-dessus il exprime le regret d'avoir écrit le PETIT CHOSE, quand il l'a écrit, en un temps où il ne savait pas voir. Alors je lui donnai le conseil de refaire le livre, comme si l'autre n'existait absolument pas, et vraiment la comparaison serait curieuse entre ces deux livres: l'un au moment où l'observation n'existait pas encore chez l'écrivain; l'autre au moment où cette observation est arrivée à la perspicacité aiguë.
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Mardi 3 novembre.—Toujours des nuits sans sommeil, toujours un côté, dont la peau semble à vif, avec dedans, de temps en temps, un élancement qui ressemble à la piqûre simultanée de deux ou trois sangsues.
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Samedi 7 novembre.—Avant les tentatives de l'impressionnisme, toutes les écoles de peinture de l'Europe sont noires, sauf la peinture française au XVIIIe siècle, et je suis persuadé que cette peinture doit sa couleur à la tapisserie, aux exigences du coloris que demande cet art industriel, par l'habitude qu'avaient nos peintres de ce temps, de travailler, plus de la moitié de leur temps, pour les manufactures de Beauvais et des Gobelins.
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Dimanche 8 novembre.—Quel laboratoire de mensonge que les journaux. Je ne sais quel journal cite parmi les tombes délaissées, la tombe de mon frère, juste au moment, où je viens de faire polir une dalle de granit, et sceller dessus le médaillon du cher enfant, exécuté en bronze, cet été, par le sculpteur Lenoir.
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Lundi 9 novembre.—Une femme du peuple se plaignant de son fils, près de la buraliste du chemin de fer: «Ah! on peut dire qu'il m'a coûté de la graisse!»
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