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Vendredi 22 mars.—Un affreux détail sur le pauvre garçon jardinier assassiné, c'est un double sillon, creusé par les larmes, le long des deux ailes du nez. Le pauvre diable aurait été tué dans toute la peur d'un faux sommeil, mal joué.

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Samedi 23 mars.—C'est dur d'aller ce soir au théâtre, où on m'interrompt brutalement demain; mais je veux remercier Antoine, je veux remercier ces pauvres diables d'acteurs, pour qu'ils ne puissent pas croire, un moment, que je leur attribue mon insuccès.

Je tombe dans la fin du second acte, et trouve le jeune Montégut, à l'effet d'imiter la fusillade, tirant des coups de revolver dans le corridor derrière le théâtre, tandis qu'un gros homme à tête de manant du moyen âge, tire, lui, des coups de canon d'une grosse caisse, et que dans le foyer des acteurs, deux figurants tapent sur deux cloches, pour simuler le tocsin. Un moment Montégut a tiré tant de coups de revolver qu'on ne peut plus respirer. C'est vraiment être en pleine cuisine de la chose.

Antoine ne me paraît pas trop moralement déconfit de notre four. Il me dit que s'il avait été le maître, il aurait tenu plus longtemps, et ajoute aimablement que la pièce n'avait pas été peut-être jouée, comme elle aurait dû l'être. À cela je lui réponds que la pièce aurait été miraculeusement jouée, que ça aurait été la même chose, qu'il y a eu une combinaison, un amalgame de l'hostilité contre lui, de l'hostilité contre moi, qu'il n'y avait rien à faire, que la pièce est peut-être relevable ailleurs, ne l'est pas aux Menus-Plaisirs.

Le bruit court que Claretie est dans la salle, et sur cette annonce, tout le monde de déployer ses talents pour se faire engager aux Français; Antoine, lui-même, moitié pour Claretie, moitié pour moi, est superbe dans le quatrième acte.

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Dimanche 24 mars.—Je ne sais dans quel journal, je lisais que ma vie se passait au milieu d'une société d'admiration. Elle est restreinte cette société, car personne en littérature n'a été attaqué, insulté, injurié comme moi,—et si peu soutenu par ma société. Et cette société d'admiration, je la cherchais à la première de GERMINIE LACERTEUX, où la salle ne voulait pas laisser prononcer mon nom, à la première de la PATRIE EN DANGER, cette reconstitution d'une époque historique, je puis l'affirmer, comme il n'y en a aucune dans une pièce française, et que la salle, par ses mépris, ses égayements, l'affectation de son ennui, déclarait inférieure à tout. Et dans ma pensée, je rapprochais ces deux premières, de l'avis de tout le monde exceptionnelles et particulières aux Goncourt, de la première d'HENRIETTE MARÉCHAL, où on aurait voulu nous déchirer mon frère et moi.

Les gens de mon Grenier, dans mon désastre, se sont montrés gentils, affectueux. Ils ont eu l'idée de me donner un dîner, de m'entourer un peu de la chaleur de leur affection, et ça m'a été une jouissance de cœur, de savoir que c'était Geffroy qui avait eu cette idée.