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Lundi 3 juin.—Oui, c'est positif: le roman, et un roman tel que FORT COMME LA MORT, à l'heure actuelle n'a plus d'intérêt pour moi. Je n'aime plus que les livres qui contiennent des morceaux de vie vraiment vraie, et sans préoccupation de dénouement, et non arrangée à l'usage du lecteur bête que demandent les grandes ventes. Non, je ne suis plus intéressé que par les dévoilements d'âme d'un être réel, et non de l'être chimérique qu'est toujours un héros de roman, par son amalgame avec la convention et le mensonge.

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Mardi 4 juin.—Dîner chez Edmond Rothschild qui reçoit, ce soir, la princesse Mathilde.

L'hôtel le plus princier que j'aie encore vu à Paris. Un escalier du Louvre, où sont étagés sur les paliers des légions de domestiques à la livrée cardinalesque, et à l'aspect de respectables et pittoresques larbins du passé.

Dîner avec la duchesse de Richelieu, la duchesse de Gramont, le prince de
Wagram, le jeune Pourtalès, etc., etc.

Une salle à manger ovale, aux boiseries blanches, avec une table, où montent aux grands candélabres d'argent et s'enguirlandent autour des surtouts, les plus belles orchidées de la terre. Une innovation charmante pour donner de la fraîcheur à une pièce et qui vient, m'a-t-on dit, de Russie: deux obélisques de glace sur des consoles, jouant des morceaux de cristal de roche d'un format inconnu.

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Samedi 8 juin.—Par ces chaleurs orageuses, devant moi une assiette de fraises, à côté de l'assiette, dans un flacon de cristal de roche, un bouton de rose Richardson, au jaune bordé de blanc,—en haut un verre d'eau-de-vie de Martell qui m'attend, et mon lit ouvert dans ma chambre enténébrée pour une sieste au léger et vague ensommeillement, et au fond de moi un mépris indicible pour toute cette activité roulante au dehors des fiacres, des omnibus, des tapissières, des tramways, des wagons, menant des gens à l'Exposition.

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