Après la lecture, Métenier me dit: «Voulez-vous que je vous raconte la genèse de la pièce? C'est Antoine qui, un soir, me jeta: «Mais comment ne faites-vous pas une pièce des FRÈRES ZEMGANNO?… Il y aurait une pièce si curieuse à faire!» Je rentrai chez moi, la nuit, je relus d'un coup le roman, et le matin, j'écrivais à Alexis pour avoir sa collaboration, en même temps que je vous demandais l'autorisation pour faire la pièce. Quelques jours après, on m'apportait une lettre de vous, datée de Champrosay, et nous nous mettions de suite à collaborer.»

* * * * *

Mardi 8 janvier.—Dans cet Auteuil, dans cette banlieue cléricale et dévote, les curés ont soulevé contre ma pièce et ma personne, les imbéciles qui les écoutent, et aujourd'hui le papetier chez lequel Blanche a l'habitude d'aller, lui disait avec une exaspération amusante: «On ne conçoit pas qu'on ait laissé jouer une pièce, où on dise de telles horreurs!»

Réjane m'apporte une grande photographie de sa personne sur son lit d'hôpital.

* * * * *

Mercredi 9 janvier.—Bourget, qui dîne ce soir chez la princesse, me raconte la mort de Nicolardot, qui, transporté de sa chambre de misère dans un lit bien chaud d'hôpital, au milieu de toutes les aises de la maladie, n'a pas duré quatre heures, tandis que peut-être, il aurait encore vécu des mois dans la sordide maison qu'il habitait… Le voilà mort, et voilà les personnages de son enterrement: Coppée, un académicien; Mlle Barbier, la fille du conservateur de la bibliothèque du Louvre, où je l'ai rencontrée deux ou trois fois: une sainte prise de commisération pour ce misérable; le propriétaire de la maison de prostitution qu'il habitait; et un quelconque.

Le quelconque et l'académicien n'avaient point de livres de messe, mais le bordelier entre ses mains en tenait un du plus grand format, en sorte que Mlle Barbier donna le bras à l'homme infâme.

L'ironique enterrement, qui s'est terminé, Mlle Barbier partie, par cette phrase du ribaud: «Oui, très gentil, ce monsieur Nicolardot… oui, tous les matins, il poussait une petite blague aux femmes de ma maison!»

* * * * *

Dimanche 13 janvier.—Ce soir, Porel vient dans la loge, où sont avec moi Daudet et sa femme désireuse de revoir la pièce. Il nous dit qu'il se passe des choses, dont nous ne pouvons nous douter, et qu'il nous dira longuement, un jour. Toutefois, il nous raconte qu'il a reçu le samedi, seulement le samedi, un télégramme l'avertissant qu'à la suite d'une décision prise au conseil des ministres, la matinée du lendemain, annoncée depuis plusieurs jours, était supprimée. Il était aussitôt allé au ministère, demandant qu'on lui permît d'afficher par ordre. Mais le ministère n'avait pas eu le courage de la décision qu'il avait prise sur la demande de Carnot, et on lui refusait le «par ordre».