Le docteur Robin, qui pendant ses vacances, s'amuse à créer dans une grande propriété qu'il possède à Dijon, des fraises monstres et des melons noirs, parle d'une vigne possédée par un de ses voisins, vigne appelée: Le clos du Chapitre, et où l'on exploitait encore une mine de fer au milieu du XVe siècle. Or, le raisin de cette vigne renferme naturellement du fer, et le vin contient les qualités fortifiantes du vin où l'on en introduit, mais sans les inconvénients de ce dernier, par l'assimilation du fer dans une première vie végétative. Malheureusement ce fameux clos du Chapitre ne produit que quatre ou cinq pièces de vin.

Cernuschi, qui avait été aujourd'hui à l'exposition de Barye, me parle avec un certain mépris des sculptures du grand sculpteur, surtout au point de vue de la matière, comparée à la matière des bronzes chinois.

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Jeudi 27 juin.—Ah! cette critique d'Hennequin, comme elle n'est pas faite pour un cerveau français, et comme le mot de mon frère, sur Feuillet: Feuillet, le Musset des Familles, m'en apprend plus sur le talent du romancier de l'Impératrice, que quarante-cinq pages de critique scientifico-littéraire.

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Samedi 29 juin.—Aujourd'hui, un marchand m'écrit qu'il avait reçu des livres et des objets japonais, et comme je regarde, de deux yeux ennuyés, le très médiocre envoi de l'Empire du Lever du Soleil, le marchand me dit: «Connaissez-vous ça?» et il ouvre avec une clef un tableau, dont le panneau extérieur montre une église de village dans la neige, et dont le panneau secret, peint par Courbet, pour Kalil-Bey, représente un ventre et un bas-ventre de femme. Devant cette toile que je n'avais jamais vue, je dois faire amende honorable à Courbet: ce ventre c'est beau comme la chair d'un Corrège.

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Lundi 1er juillet.—Je suis triste ce soir. J'avais un hérisson, qui depuis deux ans avait fait son domicile de mon jardin, et qui, à la nuit tombante, venait, tous les soirs, manger quelques restes qu'on lui mettait devant le perron. C'était pour moi un plaisir d'entendre le bruissement de sa marche dans les bordures de lierre, puis de voir son déboulement joyeux et gaminant sur le sable des allées, sa promenade hésitante autour de moi, puis son en allée à l'assiette d'os, qu'il suçait avec le bruit d'un cure-dent dans les dents d'un gourmand asthmatique. Ces jours-ci on l'a vu couché au soleil sur le côté, au fond du jardin, puis le soir il est encore venu à la porte de la cuisine, a regardé Pélagie et sa fille, avec son œil éveillé de rat, a laissé au matin, la trace d'un petit lit, qu'il s'était fait dans les feuilles près de la maison, puis à partir de cette nuit, nous n'en avons plus eu de nouvelles.

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Mardi 2 juillet.—Ce soir, dîner sur la plate-forme de la tour Eiffel, avec les Charpentier, les Hermant, les Zola, les Dayot.