Vendredi 27 septembre.—Deux femmes causaient, devant moi, des premières années de leurs mariages, de la gêne qu'elles éprouvaient devant l'être intimidant et inconnu, devenu leur seigneur et maître, de l'espèce d'effarouchement douloureux de leurs susceptibilités d'êtres timides, tendres, inexpérientes. L'une racontait qu'ayant acheté deux cravates, et son mari ayant témoigné assez vivement, qu'il ne les trouvait pas jolies, avait pleuré toute une nuit. L'autre avouait qu'elle était absolument ignorante de la direction d'une maison, qu'elle ne savait pas commander un dîner et qu'elle avait une mauvaise cuisinière: ce qui faisait que son mari lui reprochait, en riant, de n'avoir pas plutôt appris la cuisine que l'allemand et l'anglais.
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Vendredi 4 octobre.—Songe-t-on qu'au jour d'aujourd'hui nous avons soixante-huit préfets et sous-préfets juifs, et que cette prépotence dans l'administration, n'est rien auprès de l'influence occulte des petits conseils sémitiques, en permanence dans chaque cabinet de chacun de nos ministres. Et dire que nous devons le bienfait de cette domination judaïque au grand Français Gambetta, que sur le souvenir de son physique, je continue à croire un juif.
Je relis aujourd'hui du Veuillot, et vraiment c'est le grand pamphlétaire de ce siècle, avec les mépris de son ironie en sous-entendus, et avec le mordant de sa blague hautaine, quand il risque un mot tintamarresque, et qu'il dit que Vapereau est Français comme Jocrisse. Rochefort, tout Rochefort qu'il est, n'a jamais trouvé une insulte de ce calibre d'esprit-là.
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Samedi 5 octobre.—Aujourd'hui, je m'amuse à relever à l'exposition du ministère de la guerre, le coût des coups de canon. Les coups de canon de rien du tout, ça va maintenant de 300 à 500 francs. Mais nous avons le coup de canon de 1 350, et même de 1 572 francs. Tout a bien augmenté dans la vie, et c'est devenu bien cher l'art de se tuer.
Que de choses toutefois intimement parlantes à l'historien de mœurs, dans ce musée de la défroque militaire, et comme elle m'en dit plus cette cravache, avec laquelle Murat chargeait à Eylau, que toutes les histoires imprimées de la bataille.
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Jeudi 10 octobre.—Ce soir, Rollinat qui se trouve à Paris, est venu dîner chez Daudet. Il a une figure toute jeune, toute rose, toute poupine, et le macabre de ses traits a disparu. Il parle, avec un espèce d'enthousiasme lyrique, de ses chasses, de ses pêches: des pêches au chevaine, où l'hiver il casse la glace, enfin de cette vie active et en plein air qui a remplacé la vie factice, artificielle, enfermée, et sans sommeil de sa jeunesse: vie, il n'en doute pas, qui l'aurait tué. Maintenant il ne sait plus travailler à une table, et si on lui en apporte une, il la brise, et en jette les morceaux au diable. Il lui faut les chemins sauvages, sur les bords de la grande et de la petite Creuse, où il parle tout haut ses vers, où, comme disent les paysans, il plaide.
Il s'étend sur son bonheur dans la solitude, sur sa maison éloignée de toute habitation, où la nuit, au milieu de ses trois chiens couchant dans trois pièces, il a un espèce de frisson peureux agréable, au grognement trois fois répété, annonçant un passant sur la route. Étrange maison, où se succèdent des peintres, où l'hospitalité est donnée à des montreurs d'ours, où le préfet vient déjeuner, où les gens d'alentour se rendent à la pharmacie: maison faisant l'étonnement des Berrichons de la localité.