Mardi 24 décembre.—Savez-vous, me dit un Français de retour de Russie, comment est mort Skobeleff?—Non.—Eh bien, voilà!

Une bouteille de Champagne! une femme!
Une bouteille de Champagne! une femme!
Une bouteille de Champagne! une femme!

À la troisième bouteille de Champagne suivie de la troisième femme… rasé!… une congestion cérébrale!

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Mercredi 25 décembre.—Yriarte parlait ce soir, à dîner, des dessins de Tissot rapportés de Jérusalem, et qui ont produit un bouleversement chez Meissonier. C'est un espèce de Chemin de la Croix, en plus de cent cinquante pastels, exécutés de la manière la plus exacte, d'après les indications des religieux du pays, et vous donnant ainsi que des photographies, les petits sentiers d'oliviers où a dû passer le Christ, avec là dedans, des bonshommes indiqués dans les Évangiles, de telle profession, de telle localité, retrouvés dans le type général des gens de ce temps-ci de la même profession, et de la même localité, où le peintre s'est transporté. Enfin de la réalité rigoureuse, exécutée dans un état d'hallucination mystique, et à laquelle une maladresse naïve ne fait qu'ajouter un charme: de l'art qui a une certaine ressemblance avec l'art de Mantegna.

ANNÉE 1890

Mercredi 1er janvier 1890.—En ce premier jour de l'année, un vieux maladif comme moi, tourne et retourne entre ses mains l'almanach nouveau, songeant que 365 jours, c'est de la vie pour un bien long temps, et interrogeant, tour à tour, chaque mois, pour qu'il lui dise par un signe, par un rien mystérieusement révélateur, si c'est le mois, où il doit mourir.

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Jeudi 2 janvier.—Un dîner, où le nom de Blowitz est prononcé, et sur ce nom, quelqu'un au fait des dessous secrets du temps, raconte comment Blowitz est devenu correspondant du Times. Blowitz, dit-il, qui s'appelle Oppert, et qui a pris le nom de sa ville, était un pauvre diable de professeur à Marseille, tout à fait inconnu, ayant le grade de sergent-major dans la garde nationale, et qui, dans l'insurrection de Marseille, sauvait le préfet qui allait être massacré,—et tombait avec cette recommandation sur le pavé de Versailles, au moment de la rédaction du traité avec Bismarck.

Alors le correspondant du Times, mais le correspondant du Times, avec un traitement de 75 000 francs et la considération d'un ambassadeur, était lord Oliphant, ce personnage extraordinaire qui avait été une espèce de Brummel, un familier de princes, un diplomate en Chine et au Japon, un martyr portant encore aux deux poignets les stigmates de la martyrisation, le fondateur d'une religion à laquelle il avait donné toute sa fortune, un homme, pendant quelque temps, descendu à être un brouetteur de feuilles mortes, et redevenu dans le Times, l'intermédiaire entre l'Angleterre et la France, au moment où la France traversait ces années tragiques.