En sortant de la répétition, j'emmène Paul Alexis et Oscar Métenier dîner chez Maire. Là, entre la poire et le fromage, Métenier me résume au dessert, les quatre toilettes de condamnés à mort, auxquelles il a assisté comme chien du commissaire de police.

Il décrit très bien le sentiment angoisseux, qu'on éprouve au moment de l'entrée dans la cellule, et le mouvement qui vous fait instinctivement porter la main à votre chapeau et vous découvrir, absolument comme devant un corbillard qui passe, et il ajoute que lui qui était toujours en jaquette, ce jour-là, sans qu'il s'en rendît compte, revêtait une redingote.

Il faut dire que cette entrée, est précédée d'un petit quart d'heure, qui met une grande émotion chez les assistants à l'exécution. L'exécution en principe devrait être faite à midi: on triche, mais on veut que si ce n'est pas en plein jour, ce soit au moins au petit jour. Et voici ce qui se passe. L'heure de l'exécution fixée à ce moment, le directeur de la Roquette dit aux six personnes, aux six assistants de fondation à l'exécution, dit en montrant du doigt, la grande horloge de la cour: «Messieurs, l'exécution est pour 4 heures et demie, il est 4 heures 10 minutes, la toilette est l'affaire de 12 minutes, nous entrerons à 4 heures 18 minutes. Et aussitôt les conversations cessent, l'échange des idées s'arrête, et chacun redevenu silencieux, les yeux sur l'horloge, n'a plus d'attention que pour la marche invisible de l'aiguille sur le cadran, et son troublant rapprochement de la dix-huitième minute.

Il est aussi un effet terrible pour les assistants, c'est que le petit jour levé dehors, n'éclaire point encore l'intérieur de la prison, et quand on marche dans ces demi-ténèbres derrière le condamné, et qu'au moment, où s'il avait les mains libres, il pourrait toucher la porte, les battants s'ouvrent dans un coup de théâtre, et vous laissent voir soudainement, dans la clarté froide du matin, les deux montants de la guillotine, et les yeux grands ouverts de toutes ces têtes de regardeurs, le spectacle a quelque chose d'inexprimable.

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Mardi 25 février.—Arrivé de bonne heure aux Menus-Plaisirs, j'assiste à la pose du premier décor, où machinistes et pompiers mêlés, s'amusent à faire du trapèze, et à soulever les haltères des FRÈRES ZEMGANNO.

Un premier acte, où l'on n'entend pas un mot, dans l'ouverture des portes, le remuement des petits bancs, le passage des abonnés,—tous des cabotins,—venant à la façon des dîneurs qui veulent être remarqués, venant en retard.

Un second acte très, très applaudi.

Un troisième plus froid, mais encore très applaudi avec de chaleureux rappels des acteurs.

Moi qui suis resté dans ma baignoire, sans me mêler à la salle, je crois à un succès. Arrivé dans les coulisses, je vois Métenier plus blême qu'à l'ordinaire, et Paul Alexis, affalé sur une rampe d'escalier, l'oreille tendue à la parole de sa femme, qui lui conte qu'un de ses confrères a passé la soirée à crier, que c'est un four. Enfin mes compliments à Antoine, et mes plaintes sur ce que je ne l'ai pas trouvé assez applaudi au troisième acte, sont reçus par un: «Ça ne nous regarde pas, nous faisons notre petite affaire, voilà tout!»