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Mercredi 5 mars.—Descaves, accompagné de sa femme, vient me voir aujourd'hui. Il craint que les choses soient en train de mal tourner pour lui. Il lui est revenu, que le parquet n'étant pas sûr d'obtenir une condamnation sur les attaques à l'armée, va faire porter tout son effort sur l'outrage aux bonnes mœurs. Et un de ses avocats lui demandant combien il comptait avoir de prison, et comme il lui répondait: «Trois mois,» l'avocat lui disait: «Triplez au moins, vous aurez un an!» Et il est à la fois triste et irrité, déclarant que l'injustice l'exaspère, et qu'il n'y a aucune raison pour le condamner, quand on ne poursuit ni un tel, ni un tel.

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Mercredi 12 mars.—«Qu'est-ce que vous faites dans ce moment-ci?» dis-je à l'auteur de la BÊTE HUMAINE, qui vient s'asseoir dans la soirée, à côté de moi:

—«Mais rien… je ne puis pas décidément m'y mettre… Puis l'Argent, c'est tellement vaste, que je ne sais par quel bout le prendre… et les documents de ce livre, pour les trouver, pour savoir où il faut frapper, je suis embarrassé plus que jamais je ne l'ai été… Ah! je voudrais en avoir fini de ces trois derniers livres… Après l'Argent, oui, viendra la Guerre, mais ce ne sera pas un roman, ce sera la promenade d'un monsieur à travers le Siège et la Commune… Au fond le livre qui me parle, qui a un charme pour moi, c'est le dernier, où je mettrai en scène un savant… Ce savant, je serais assez tenté de le faire d'après Claude Bernard, avec la communication de ses papiers, de ses lettres… Ce sera amusant… je ferai un savant marié avec une femme rétrograde, bigote, qui détruira ses travaux, à mesure qu'il travaille.

—Et après, que ferez-vous?

—Après, il serait plus sage de ne plus faire de livres… de s'en aller de la littérature… de passer à une autre vie, en regardant l'autre comme finie…

—Mais l'on n'a jamais ce courage.

—C'est bien possible!»

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