Jeudi 8 mai.—Un jeune médecin parlait, ce soir, du mal, mal dont on ne se doute pas, que faisaient les corps comme l'Académie, comme l'Institut, ces aristocraties qui, Dieu merci, n'existent pas en Allemagne.
Il disait à propos de l'Institut, où la médecine n'est guère représentée que par Charcot ou par Bouchard, qu'aucun professeur, devant la vague promesse de l'un ou de l'autre, de l'aider à entrer à l'Institut, n'avait le courage, dans les examens, de préférer un élève à lui, à un élève de Charcot ou de Bouchard. Et il énumérait toutes les bassesses, que chacun était prêt à commettre, pour attraper cette timbale, avec des exemples à l'appui inimaginables.
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Vendredi 9 mai.—Plus j'existe, plus j'acquiers la certitude que les hommes nerveux sont autrement délicats, autrement sensitifs, autrement frissonnants, au contact des choses et des êtres de qualité inférieure, que les femmes qui au fond n'ont que la pose de la délicatesse.
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Dimanche 11 mai.—Un numéro de journal des modes de ce temps-ci, éditait un costume de femme chic, un costume qui n'a plus rien de féminin, où la robe est un carrick de cocher de coucou, où la femme n'a plus l'air d'être habillée du flottement d'une étoffe autour d'elle, mais de la tombée droite d'un gros drap anglais: un costume qui fait ressembler une femme à un jeune mâle d'écurie.
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Mardi 13 mai.—Je parlais à une femme de la société, de la correction de la mise, de la simplicité élégante de la toilette des grandes cocotes… «Oui, oui, me répondait-elle, il y a du vrai dans ce que vous dites… Tenez, moi, quand je me suis mariée, je connaissais très peu, même par les livres, le monde interlope… Eh bien, quand mon mari me menait au théâtre,—nous prenions en général des places de balcon,—bientôt je le voyais jeter un regard sur ces femmes dans les loges… Et comme j'ai toujours eu le sentiment de l'élégance, ces femmes je les trouvais mieux mises que moi… Car vous savez, il n'y a pas seulement la question d'argent, il y a une éducation pour la toilette… et en me comparant à elles je me trouvais une petite provinciale… Puis le regard de mon mari, après être resté là, un certain temps, revenait des loges à moi, un rien méprisant, et avec quelque chose de grognon sur la figure… et ça se passait en général aux pièces de Dumas, qui étaient la glorification de ces femmes… Alors aux parties dramatiques de la pièce… je pleurais… je m'en donnais de pleurer… si bien que mon mari, qui après le spectacle, aimait à entrer chez Riche ou chez Tortoni, me jetait de très mauvaise humeur: «Avec des yeux comme vous en avez, c'est vraiment pas possible de s'asseoir dans un café.»
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Mercredi 14 mai.—Me voici au vernissage, où je n'ai pu refuser le déjeuner immangeable, auquel se condamnent, tous les ans, les peintres, par leur domesticité d'esprit pour les choses chic.