Vendredi 13 juillet.—Philippe Gille du Figaro, tombe à l'improviste ce matin, à déjeuner. Il est tout plein d'anecdotes, contées avec un amusant frétillement du facies, et entremêlées de jolies images, comme celle-ci, où à propos de l'émotion de Villemessant, dans une circonstance quelconque, il compare cette émotion, à l'envie de pleurer d'un monsieur, qui s'arrache un poil dans le nez.
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Samedi 14 juillet.—Ne sachant que faire ce soir, je vais voir la foule des fêtes. C'est en face de la tour Eiffel, du haut en bas du Trocadéro, une multitude noire, s'étageant debout ou assise, et au milieu de laquelle, s'élèvent les enveloppes de toile des magnolias, semblables à des tentes arabes, avec un horizon de lanternes rouges sur un ciel d'un bleu noir, où fulgure, par moments, un jet de lumière électrique, partant de l'établissement des phares. Une foule grouillante, susurrante dans son obscurité, et piquée, çà et là, du blanc d'une jaquette d'homme, du blanc d'un tablier de femme. Les femmes, un peu fiévreuses, un peu grisées, parlant haut ou chantonnant. De loin en loin, au milieu des gens assis à terre, un couple debout, où repose sur l'homme un geste de caresse de la femme.
Enfin le feu d'artifice, et l'on part, et sur les grands espaces bitumés, que font tout lumineux les illuminations, se voient de petites flaques d'eau, laissées par les femmes, en leurs émotions de la fête du 14 Juillet.
En revenant, je m'arrête devant un bal, improvisé sur la place des omnibus à Passy, et où valse avec une créature échevelée, un pétrin vêtu d'un tricot à bandes blanches et bleues, à cru sur la peau, en tablier de grosse toile, les jambes nues, et qui, à la clarté d'un feu de Bengale rouge, allumé sur le pavé, avec sa figure blême, ses cheveux et ses savates poudrés de farine, a l'air d'un pétrin fantastique valsant dans la réverbération de son four.
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Dimanche 15 juillet.—Ce matin, en ouvrant le Figaro, je lis que Paul Margueritte s'est noyé près de Fontainebleau. Je le revois avec sa figure de gentil Pierrot fatidique, même en nos soupers, je le vois avec la triste figure de Pierrot noyé, que devait avoir le pauvre cher garçon. Déjà deux fins tragiques parmi les jeunes de mon grenier: Robert Caze et Margueritte.
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Lundi 16 juillet.—Une singulière impression, en reconnaissant, ce matin, sur une lettre qu'on me remet au lit, l'écriture de Margueritte. Ce n'est pas lui qui s'est noyé, mais le critique Hennequin, se baignant avec Redon.
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