Mercredi 1er août.—Le fer à gaufres, à oublies, à toutelots, ces trois fers, servant à faire les vieilles pâtisseries de la Lorraine, et que je regardais dans la cuisine, de Jean d'Heurs, on me dit qu'on n'en fabrique plus, et que dans les successions et les ventes des antiques familles, on se les arrache.
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Mardi 21 août.—On parlait dans une maison, où j'étais, d'une branche de la famille, tombée presque dans la pauvreté, alors que la maîtresse de la maison s'écriait: «Vous concevez, des gens, qui depuis cinq générations, font des mariages d'inclination!»
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Mercredi 29 août.—Visite à Saint-Gratien. Je trouve Popelin d'une pâleur un peu effrayante. Je monte avec lui dans sa chambre, et cette montée lui donne une respiration toute haletante. Il me dit au bout de quelques minutes, où il peut parler: «Oui, ça va mieux, mais je ne puis dîner à table, ça me fatigue… puis quand plusieurs personnes parlent autour de moi, je continue à éprouver un singulier phénomène: des battements dans une oreille, avec une inquiétude à l'épigastre… Et le beau de cela, mon cher, c'est la comédie avec les médecins: l'un me dit que j'ai un cœur, comme il n'en a jamais rencontré; les autres ce sont les poumons, et le reste qu'ils trouvent admirables… Enfin, j'espère me remettre avec du repos, de petites promenades, un séjour à Arcachon.»
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Dimanche 2 septembre.—Mes nuits sont si pleines de cauchemars, si anxieuses, qu'elles me font presque redouter le sommeil. Barbey d'Aurevilly m'avouait, il y a quelques années, les mêmes appréhensions. Et ce qu'il y a de particulier dans ces cauchemars, c'est toute cette humanité de rêve que j'y rencontre: ces visages de vieillards, d'hommes faits, d'enfants, si sournois, si impitoyablement gouailleurs, si méchamment fermés, ces visages diplomatiques, d'un machiavélisme que montrent seulement les plus mauvaises figures de la vraie humanité, et qui vous laissent la sensation d'une intimidation, douloureusement indéfinissable,—des figures que je voudrais décrire, le matin, si le rêve ne vous laissait pas des êtres qu'il fabrique, des impressions, si effacées, si délavées.
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Vendredi 7 septembre.—Le succès présent du roman russe est dû, en grande partie, à l'agacement qu'éprouvaient nos lettrés spiritualistes, de la popularité du roman naturiste français, et qui ont cherché le moyen d'enrayer ce succès. Car incontestablement, c'est la même littérature; la réalité des choses humaines vue par le côté triste, non lyrique, le côté humain,—et non par le côté poétique, fantastique, polaire, de Gogol, le représentant le plus typique de la littérature russe.
Or, ni Tolstoï, ni Dostoïewski, ni les autres à leur suite, ne l'ont inventée cette littérature russe de l'heure présente, ils nous l'ont prise, en la mâtinant très fort de Poë. Et l'homme qui a le mieux servi cette hostilité du classicisme et du romantisme, a été M. de Vogüé, qui a attribué à une littérature étrangère, une originalité qu'elle n'avait pas, et lui a apporté une gloire, qui nous était légitimement due.