Et Daudet raconte, qu'après une nuit passée, avec Racinet, dans les bois près de Versailles, ils avaient été réduits à manger du pain, à déjeuner… mais qu'ils en avaient mangé pour dix-sept sous. Il parle encore de sa joie, quand il avait la fortune de posséder six sous, pour acheter une bougie, une bougie, qui lui promettait toute une nuit de lecture.

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Lundi 26 novembre.—La première répétition de GERMINIE LACERTEUX, un peu débrouillée, et où Porel m'a convoqué.

Enchantement du jeu intelligent, discret, non appuyé de Réjane, qui, dans le tableau des fortifications s'offre et se donne dans un abandonnement, si joliment chaste.

À mon grand regret, je suis forcé de quitter le théâtre, au moment où l'on va représenter le tableau des sept petites filles, que Porel a eu la chance de réunir, et me voilà à la mairie, pour le mariage de Georgette Charpentier, toute charmante dans une de ces toilettes esthetic de la Grande-Bretagne, qui va à sa beauté ophélique, à sa grâce névrosée.

Il n'est que trois heures et demie. Je recours à l'Odéon, à l'instant où l'on reprend, une seconde fois, le dîner des sept petites filles, qui avec le bruit, les rires, la jacasserie qu'y a introduits Porel, sera bien certainement un des clous de la pièce[1].

[Note 1: Ici je me suis complètement trompé dans mes prévisions, car c'est la scène qui a manqué de faire tomber la pièce, mais en dépit des sifflets qui l'ont accueillie, je maintiens que c'est une jolie et originale scène.]

Il y a une petite Jésus de cinq ans, toute dormichonnante dans sa fourrure, et qu'on tient éveillée, et qu'on fait jouer, en lui promettant un biscuit, une bambine qui est toute drôlette. Puis c'est une fillette de dix ans, une petite-fille de Bouffé, qui rend gravement son rôle à Porel, parce qu'elle ne le trouve pas assez important.

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Mardi 27 novembre.—En maniant ces jolités,—c'est le nom que leur donne le: Catalogue de feu Son Altesse Royale le duc Charles de Lorraine et de Bar, ces jolités faisant partie de cette vitrine, que je commence, d'objets à l'usage de la femme du dix-huitième siècle, en touchant et retouchant ces étuis, ces flacons, ces ciseaux, ces navettes, qui ont été, pendant des années, les outils des travaux d'élégance et de grâce des femmes du temps, il vous arrive de vouloir retrouver les femmes, auxquelles ils ont appartenu, et de les rêver ces femmes,—le petit objet d'or ou de saxe, caressé des doigts de votre main.